Monaco : la famille Crovetto demande au prince Albert II le bannissement de l'agresseur
Monaco : les Crovetto réclament le bannissement de l'agresseur

La famille Crovetto, dont la fille aînée a été victime d'une tentative de meurtre en 2022 à Monaco, a adressé une lettre au prince Albert II pour demander la déchéance de nationalité ou le bannissement de l'agresseur, Jean-Charles Mulini, actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de Monaco. Ce dernier a été condamné le 22 mai 2026 à 19 ans de réclusion criminelle pour avoir poignardé à 34 reprises sa compagne de l'époque, Fanny (prénom modifié), qui a miraculeusement survécu.

Une lettre adressée au prince Albert II

Quatre mois après un procès éprouvant, Fanny, désormais âgée de 28 ans, et sa famille, les Crovetto, tentent de se reconstruire. Cependant, une pensée désagréable les préoccupe : qu'adviendra-t-il le jour où Jean-Charles Mulini aura purgé sa peine et quittera sa cellule de la maison d'arrêt de Monaco ? C'est en prévision de ce moment, lointain mais inéluctable, que la victime, ses parents et sa petite sœur ont adressé, ce mardi 22 septembre 2026, une lettre au prince Albert II.

Si l'accusé a aussi été condamné à une interdiction d'entrer en contact avec la victime durant 10 ans à compter de sa libération, ainsi qu'à une injonction de soins pendant 5 ans, la famille estime que, dans la pratique, cette peine complémentaire demeure difficilement applicable sur les 2 km² de la Principauté. « Jean Charles Mulini est Monégasque. À sa libération, il aura le droit de revenir vivre à Monaco où [Fanny] vit, travaille et élève son enfant, et où vit toute notre famille. Dans un pays où l'on se croise chaque jour dans les mêmes rues, l'interdiction d'entrer en relation, si nécessaire soit-elle, ne peut empêcher une rencontre au coin d'une rue. Aucune femme dans la situation de [Fanny] ne peut vivre avec cette perspective, écrivent-ils au Souverain. [Fanny] redoute aujourd'hui une nouvelle agression et une vengeance qui pourrait s'exercer sur son fils. »

Une crainte argumentée par le profil psychiatrique

Cette crainte est argumentée, dans la missive, par le profil psychiatrique dépeint à charge par les experts durant le procès et les subterfuges utilisés par l'agresseur les heures précédant l'acte. « Si l'homme qui a tenté de tuer [Fanny] avait été étranger, il aurait pu être éloigné de la Principauté à sa sortie de principauté », déroule la famille. Une mesure d'interdiction de séjour, fréquemment prononcée par les magistrats au tribunal, qui ne s'applique pas aux Monégasques, mais seulement aux condamnés de nationalité étrangère.

C'est pourquoi les Crovetto se sont tournés vers le chef d'État monégasque. « Nous [vous] supplions de faire prendre les mesures nécessaires pour que Jean-Charles Mulini, qui possède également la nationalité colombienne, puisse être déchu de la nationalité monégasque ou, à tout le moins, se voit interdire de revenir sur le territoire de la Principauté [l'équivalent d'un bannissement, N.D.L.R.]. »

Une requête juridiquement difficile à satisfaire

Une requête qui n'a pas de chances d'aboutir juridiquement. Le retrait de la nationalité monégasque, par ordonnance souveraine et après consultation du Conseil de la Couronne, n'est en effet possible que lorsque celle-ci découle d'une naturalisation (article 10 de la loi n°1.155 du 18 décembre 1992). Or, Jean-Charles Mulini a acquis la nationalité monégasque après une adoption en Colombie. Quant au bannissement, la loi n°1.478 du 12 novembre 2019 portant modification de certaines dispositions relatives aux peines a purement et simplement supprimé la notion de bannissement.

« Si le droit d'aujourd'hui ne le permet pas, alors nous demandons que le droit change. Votre Altesse Sérénissime est la seule à pouvoir ouvrir ce chemin, implore la famille Crovetto. Nous ne le demandons pas seulement pour [Fanny], mais pour toutes les femmes de la Principauté, afin qu'aucune n'ait un jour à vivre dans la crainte de croiser son agresseur au pied de chez elle. Nous le demandons aussi pour les Monégasques eux-mêmes : notre nationalité, que nous portons avec fierté, ne doit jamais devenir le bouclier de celui qui tue ou tente de tuer. »