Mécanicien brûlé à 80 % : témoignage poignant au tribunal de Grasse
Mécanicien brûlé à 80 % : témoignage poignant au tribunal

Le 18 octobre 2021, un mécanicien naval a été grièvement brûlé lors d'une explosion sur un chantier au Port de la Figueirette à Théoule-sur-Mer. Brûlé à 80 %, devenu aveugle et handicapé, l'homme comparaissait ce mercredi devant le tribunal de Grasse, où les gérants de la société qui l'employait étaient jugés pour manquements à la sécurité.

Un témoignage bouleversant à la barre

L'atmosphère de la salle d'audience s'est brusquement alourdie lorsqu'un homme, poussé dans son fauteuil roulant, a été placé à hauteur des juges. « Monsieur P. entend très mal », a précisé l'avocat de la partie civile, maître Baptiste Buffe. Dans son fauteuil, la victime réagit à peine, le regard fixe, les bras entourés de bandages d'où apparaît la peau craquelée des grands brûlés.

Ce jour-là, P. était mécanicien naval pour l'entreprise concessionnaire du port de Théoule. Le matin, il venait de déposer son dossier de retraite et commençait à former son remplaçant sur le chantier d'un bateau en cale-sèche. Tout bascule alors qu'il s'occupe d'une gaine thermorétractable. Le mécanicien est soufflé dans une explosion.

« J'avais pris feu »

De ce moment terrible, P. raconte tout de même cette brusque sensation de chaleur : « J'ai alors constaté que j'avais pris feu, je me suis précipité en dehors du bateau et je suis tombé la tête sur le béton. J'avais les bras en l'air, je tournais et je ne voyais plus rien. »

À leur arrivée, les pompiers découvrent P., inanimé et grièvement blessé, ses vêtements fondus. L'homme est héliporté à l'hôpital d'Instruction des armées Sainte-Anne à Toulon, où il restera 4 mois plongé dans un coma artificiel. À son réveil, outre son corps dont la peau ne sera jamais totalement réparée, il est frappé de cécité. « En 2022, on m'a dit que j'étais un des plus grands brûlés de l'année. Je suis un miraculé », confie-t-il.

Flou managérial et failles de prévention

Sur le banc des prévenus, deux hommes sont assis côte à côte : l'ancien gérant de l'entreprise, qui venait de la vendre, et l'homme d'affaires irlandais qui l'a reprise. Le tribunal s'interroge sur leurs responsabilités respectives dans la sécurité au travail, alors que l'entreprise était en passe d'être rachetée. Au moment de l'accident, des employés communaux travaillaient également sur le port, sur la partie accédant au réservoir d'essence, laissant s'échapper des émanations. « En retirant la main du coffre, j'ai dû heurter ces deux cosses et ça a suffi pour faire une étincelle », a hypothéqué la victime.

L'enquête révèle de graves manquements : le Document unique d'évaluation des risques (DUER) n'évoquait ni le risque d'incendie ni la coactivité sur le chantier. Interrogé sur l'absence de plan de prévention, l'ancien gérant, R., a avancé qu'il laissait ses employés s'organiser en toute autonomie. « Parler n'est pas formaliser. Ce que je comprends, c'est qu'il n'y avait rien », a tranché la présidente Laurie Duca.

Des réquisitions et des plaidoiries fermes

Lors des plaidoiries, maître Baptiste Buffe a rappelé la solitude et le courage de son client, contraint de faire installer des caméras par son fils pour se repérer dans son logement : « On ne lui rendra pas la vue. Ce chantier a été dirigé de manière aveugle et aujourd'hui encore, personne ne prend ses responsabilités. »

Le procureur Julien Pronier a requis un an d'emprisonnement avec sursis pour l'ancien responsable et 10 000 euros d'amende pour l'entreprise, constatant : « On est sur une activité qui génère des risques professionnels et on n'a pas pris en compte ces risques. » La défense, par la voix de maître Leslie Perot-Lerda, a regretté que « d'autres personnes soient poursuivies comme coresponsables ». Le jugement sera rendu début novembre prochain.