Marseille : les centres éducatifs fermés fusionnent avec les foyers
Marseille : fusion des centres éducatifs fermés et foyers

Les centres éducatifs fermés (CEF) et les foyers d'accueil pour mineurs délinquants fusionnent pour devenir des Unités éducatives de placement éducatif (UJPE). Cette réforme, présentée à Marseille par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), vise à harmoniser la prise en charge des jeunes, alors que le nombre de mineurs poursuivis a augmenté de 18 % en 2025 dans la cité phocéenne.

Une réforme pour harmoniser les structures

Le centre éducatif fermé des Cèdres, situé dans le 9e arrondissement de Marseille, accueille chaque année des mineurs condamnés pour des faits de délinquance, placés sur décision de justice pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois. Le foyer des Chutes-Lavie a fusionné avec ce centre, suivant un mouvement identique aux 84 autres UJPE créées en France, avec un objectif de 125 établissements à terme.

« Dans la pratique, ces deux structures accueillent des profils très similaires, des jeunes au même parcours mais avec deux prises en charge différentes », souligne Thomas Lesueur, directeur de la PJJ, venu à Marseille pour inaugurer le déploiement de cette réforme. « Notre volonté est d'aller vers plus d'individualisation, et d'insister sur trois choses : l'exécution de la sanction judiciaire, l'insertion, et les soins », ajoute-t-il.

Des jeunes de plus en plus nombreux

En 2025, le parquet de Marseille a connu une hausse de 18 % du nombre de mineurs poursuivis, très souvent pour des stupéfiants, sous l'effet du rajeunissement des petites mains du narcotrafic. Rayan, 16 ans, « attrapé » par la police en début d'été, est loin d'être une exception. « Je ne suis pas libre comme si j'étais chez moi, mais ça n'a rien à voir avec la prison », explique-t-il, arrivé au centre il y a un peu plus d'un mois. « Au début j'étais un peu stressé, tu arrives avec des gens que tu ne connais pas et ça peut mettre la pression. Ça l'a fait et je me sens bien ici, même si c'est un peu dur », poursuit l'adolescent, avant tout content « d'éviter la prison ».

Dans les faits, peu de choses changent pour les pensionnaires des anciens CEF. À l'inverse, l'encadrement dans les foyers devrait s'en trouver renforcé pour essayer d'offrir la même chance aux jeunes pris en charge.

Un accompagnement éducatif renforcé

Durant cette période de « détention », les mineurs placés sont amenés à l'insertion avec des ateliers et en leur proposant des formations. Pour douze adolescents, le centre dispose d'une enseignante et d'une professeure technique, en plus de 14 éducateurs, d'une infirmière, d'une psychologue, deux cuisiniers, deux employés administratifs et une directrice, soit 21 personnes à temps plein.

« On est dans un processus éducatif : montrer à l'arrivée du jeune un cadre qui soit sécurisant. Les placements de 6 mois peuvent être assez efficaces, mais parfois, deux mois c'est trop court, on n'a pas le temps de travailler », pose Quentin, 31 ans, éducateur aux Cèdres depuis trois ans.

Des résultats encourageants malgré un manque de places

Avec 1.000 places d'hébergement pour toute la France, ces centres sont une goutte d'eau au regard des 30.000 mineurs placés sous contrôle judiciaire chaque année. Ils obtiennent toutefois de bons résultats avec un taux de plus de 70 % de non-récidive avant leur majorité.

« Pour une partie ça fonctionne, on arrive à remettre en lien ces jeunes avec leurs ressources, leur famille, l'insertion », intervient la directrice Zoë Tiberghien. « En général, un jeune qui sort n'a pas fini ses formations et dans son parcours, l'hébergement est un court moment. L'objectif, c'est qu'il sorte avec quelques repères », alors que près de 50 % des jeunes accueillis ont un parcours passé par l'Aide sociale à l'enfance (ASE).

Rayan, lui, aimerait faire une formation dans le commerce « pour ouvrir son magasin », envisage-t-il depuis sa chambre-cellule. Une pièce de peut-être 10 m², vétuste, avec pour ameublement un lit de 90, une armoire, une table de chevet et une douche, le tout décoré avec une guirlande LED et un poster de Rick et Morty. « C'est une chance comparé à la prison. Je vais faire mon placement comme il faut et m'en sortir », dit le jeune homme qui a pour objectif de sortir d'ici avec une formation lancée. « S'en sortir, notre seule issue », incite d'ailleurs une fresque peinte sur un mur du jardin du centre.