Dordogne : l'épopée judiciaire de la mare aux grenouilles de Grignols enfin close
Mare aux grenouilles de Grignols : une saga judiciaire de 9 ans

Une mare aux grenouilles au cœur d'un conflit de voisinage acharné en Dordogne

Dans le petit village de Grignols, en Dordogne, l'affaire de la mare aux grenouilles a défrayé la chronique pendant près de dix ans, opposant Michel et Annie Pecheras à leurs voisins dans une bataille judiciaire interminable. Finalement, en mars 2021, le couple a dû se résoudre à combler son point d'eau, mettant un terme à un feuilleton qui a mobilisé les tribunaux jusqu'à la Cour de cassation.

Les origines du litige : un refus de vente et des nuisances sonores

L'histoire débute en 2012, lorsque les propriétaires de la maison mitoyenne assignent les Pecheras en justice. Ils invoquent l'illégalité de la mare et les nuisances sonores causées par les grenouilles. Selon Michel Pecheras, le conflit trouve sa source dans leur refus de vendre un hectare de terrain aux voisins. « Ils voulaient me racheter 1 hectare de terrain, je leur ai dit qu'ils ne l'auraient jamais », explique-t-il, soulignant que ce rejet a envenimé les relations.

S'ensuit un long parcours judiciaire. En 2016, la cour d'appel de Bordeaux condamne le couple à reboucher la mare, une décision contraire au premier jugement de Périgueux mais confirmée par la Cour de cassation en 2017. En 2021, un ultime rejet de la Cour de cassation, refusant d'examiner le pourvoi de la Société pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (Sepanso), scelle définitivement le sort des grenouilles.

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Un coût physique et financier considérable pour les retraités

Quatre ans après la fin de cette épreuve, les Pecheras évaluent les dégâts. Financièrement, ils estiment avoir perdu entre 30 000 et 40 000 euros, notamment à cause d'une astreinte de 150 euros par jour qu'ils ont dû régler pendant des mois. Sur le plan santé, les conséquences ont été lourdes. « La santé, ça a été très très dur, Michel a eu cinq gros problèmes en l'espace de deux ans et demi », révèle Annie, précisant que ces soucis sont apparus après le rebouchage de la mare.

Michel reconnaît aujourd'hui les excès : « On a été trop loin. Maintenant, je ne le referais plus, mais à l'époque je ne voulais pas me résigner. » Malgré tout, le couple a conservé sa passion pour les points d'eau. Ils ont déménagé à Limeyrat et possèdent désormais un étang à Saint-Pierre-de-Frugie, où, bien sûr, « il y a des grenouilles », s'amuse Michel.

Un voisinage divisé et une médiatisation nationale

Le conflit a profondément marqué le hameau de Puy Chérifel. Les voisins des Pecheras, selon Michel, ont aussi souffert, recevant des menaces comme des petits cercueils ou des cordes avec des nœuds coulants. Sollicités par la presse, ils ont refusé de s'exprimer. Dans le quartier, l'ambiance était tendue. « Personne ne se parlait, on n'a reçu aucun soutien », se souvient Annie, tandis que d'autres habitants choisissaient la neutralité pour ne pas s'impliquer.

En revanche, l'opinion publique a massivement soutenu les Pecheras. Une pétition pour sauver les grenouilles a recueilli plus de 100 000 signatures, et des personnalités comme Ségolène Royal ou Brigitte Bardot ont apporté leur soutien. Cependant, Michel garde une rancœur envers les groupes écologistes, notamment à cause d'une phrase de leur avocat de la Sepanso : « Je demande de sauver le soldat grenouille, avant de reboucher la mare. » Il affirme que cet avocat a contribué à leur défaite.

Un impact législatif et des suites immobilières

Cette affaire, avec d'autres comme celle du coq Maurice, a eu un retentissement national. En janvier 2021, le Parlement a adopté un texte intégrant les sons et odeurs comme caractéristiques des espaces naturels dans le code de l'environnement, une avancée pour la protection des campagnes. « Ils ont voulu nous détruire et ils n'ont pas réussi », lance fièrement Annie, soulignant que leur combat a éveillé les consciences.

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Sur le plan immobilier, la maison des Pecheras a été rachetée par Catherine Albarel, une habitante de Seine-et-Marne originaire du Sud-Ouest. Elle a découvert l'histoire en visitant le bien et, bien qu'ayant pétitionné en faveur des grenouilles, elle a choisi de ne pas renoncer à l'achat. Cependant, ses relations avec les voisins se sont dégradées, avec des demandes incessantes de modifications sur sa propriété. « Au départ, c'était sympathique, mais, petit à petit, une certaine ingérence s'est installée », raconte-t-elle, ajoutant qu'elle ne leur adresse plus la parole.

Ainsi, l'affaire de la mare aux grenouilles de Grignols reste un exemple frappant des conflits de voisinage pouvant dégénérer en saga judiciaire, avec des répercussions durables sur les personnes et les communautés locales.