Quatre ans après le lynchage de Jérémy Dasylva, 39 ans, à L'Escarène, près de Nice, l'instruction judiciaire est toujours en cours. Cinq suspects ont été identifiés et interpellés, mais aucun n'a encore été condamné. La famille de la victime, qui a succombé à ses blessures le 14 octobre 2022, deux jours après la violente agression, attend toujours des réponses.
Le déroulement du drame du 12 octobre 2022
Le 12 octobre 2022, vers 20 heures, Muguette, une habitante de L'Escarène âgée de 66 ans, affirme avoir aperçu une ombre dans son entrée alors qu'elle s'apprêtait à regarder le journal télévisé. Elle déclare qu'une carte bancaire et 45 euros ont disparu de son porte-monnaie. Jérémy Dasylva, qui venait de sortir du train pour rentrer chez lui, se trouvait en contrebas de son domicile, rue principale. Il est alors accusé d'avoir pénétré chez elle et dérobé ces objets.
Une véritable chasse à l'homme s'ensuit dans les rues du village. Le trentenaire, qui a vécu une partie de sa vie à La Colle-sur-Loup, est poursuivi par des villageois, rattrapé, mordu par des chiens lâchés à ses trousses et frappé à plusieurs reprises. Sa compagne Olivia, alertée par des hurlements, le retrouve trempé, à moitié déshabillé, couvert de morsures et de coups, avec une seule chaussure. Avant de mourir à l'hôpital le 14 octobre, Jérémy Dasylva jure son innocence à sa famille. Ni la carte ni l'argent ne seront retrouvés sur lui.
Une instruction toujours en cours
Le 21 octobre 2022, Xavier Bonhomme, alors procureur de la République de Nice, ouvre une information judiciaire pour « violences commises en réunion, ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». L'autopsie révèle que la victime est décédée « à un choc septique consécutif à une perforation de l'intestin grêle, résultat elle-même d'un choc traumatique à l'abdomen », une perforation qui n'avait pas été décelée.
Deux mois après les faits, les gendarmes de la brigade de recherche de Nice ont interpellé deux individus habitant près de chez Muguette. Un troisième a été arrêté à Perpignan, où il s'était enfui au lendemain du drame. Deux autres suspects ont ensuite été identifiés et placés en garde à vue. Selon une source proche du dossier, certains auraient reconnu les faits lors de leurs interrogatoires.
« L'instruction est toujours en cours », confie maître Paul Sollacaro, avocat de l'un des mis en cause. « C'est un dossier plus complexe qu'il n'y paraît, il faut explorer toutes les pistes », précise le conseil niçois.
Les habitants du village entre déni et lassitude
Dans les ruelles de L'Escarène, village de 2 500 âmes de la vallée du Paillon, les habitants se souviennent du passage à tabac, mais beaucoup restent dubitatifs. Certains rejettent la responsabilité sur des personnes extérieures. « C'est pas des gens d'ici qui ont fait ça ! On m'a dit que c'étaient des Niçois. Ça suffit de nous faire passer pour des meurtriers », peste Odette, une retraitée en colère contre la presse. « Même à la mairie, on me l'a dit : ils ne sont pas de chez nous. Alors stop », lance-t-elle.
D'autres habitants préfèrent tourner la page. « C'est terrible ce qui lui est arrivé, mais c'est du passé, on ne va pas en parler tout le temps non plus », ose un Escarénois, un peu gêné. Son ami s'interroge : « Pourquoi personne n'a été condamné ? ». Selon un habitant qui connaît bien l'affaire, « ceux qui ont participé n'habitaient pas au village depuis longtemps » et plus aucun des suspects ne résiderait aujourd'hui à L'Escarène.
En 2024, pour les deux ans de la mort de son fils, Gilbert Dasylva avait organisé une marche blanche dans les rues où Jérémy avait été coursé et lynché, dans une indifférence quasi générale. Quatre ans après, les proches de ce père de famille n'ont toujours pas obtenu les réponses qu'ils espèrent, alors que l'instruction se poursuit.