Le mouvement lycéen, qui a débuté mi-septembre, connaît une « nette décélération » avec une dynamique « très localisée », a rapporté vendredi une source de l'exécutif. Malgré ce constat, 141 lycées restaient fermés vendredi matin, 6.877 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début de la contestation, et le coût des dégâts en marge du mouvement est évalué à « a minima 30 millions d'euros », selon une estimation communiquée vendredi après-midi par une source au sein de l'exécutif.
Un mouvement en décélération mais des dégâts importants
« On a une nette décélération » et « on sent la décélération depuis plusieurs jours » avec désormais une « dynamique très localisée » du fait « soit d'une politisation locale, soit d'un vrai problème local », a détaillé une source de l'exécutif. Selon une carte consultée, les 141 lycées fermés vendredi sont situés essentiellement dans le nord et le grand ouest du pays, et près de Lyon. Ce chiffre est stable par rapport à jeudi, où 157 établissements étaient fermés, a indiqué le ministère de l'Éducation. « Plus de 96% de lycées ouverts », a précisé le ministère dans un message à la presse.
Le coût des dégâts en marge du mouvement lycéen est évalué à « a minima 30 millions d'euros », selon une estimation communiquée vendredi après-midi par une source au sein de l'exécutif. Ce chiffre intervient alors que le mouvement a donné lieu ponctuellement à des violences (bâtiments et poubelles incendiés, mobilier urbain détruit…), jugées d'« inqualifiables » par le gouvernement.
Un bilan judiciaire lourd : 6.877 gardes à vue et 21 placements en détention
Le bilan judiciaire des violences en marge du mouvement lycéen, fourni vendredi par la Chancellerie, fait état de 6.877 gardes à vue depuis le début de la contestation mi-septembre, dont 86% de mineurs. À ce stade, 2.376 personnes font l'objet de poursuites, dont 65% ont été déférées, et 21 placements en détention provisoire ont été ordonnés, concernant 15 majeurs et 6 mineurs, précise le ministère.
Jeudi, la journée de mobilisation nationale, qualifiée d'« acte IV » du mouvement, s'est terminée sur 504 interpellations, et 48 policiers et gendarmes ont été blessés, selon le ministère de l'Intérieur. Une enquête de l'IGPN a par ailleurs été ouverte après la diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo montrant un policier donner un coup de genou au visage d'un manifestant place de la Bastille à Paris, jeudi, a annoncé BFMTV.
Le gouvernement répond avec des mesures et une plateforme de concertation
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, s'est rendu vendredi dans un lycée à Cachan (Val-de-Marne) pour détailler son annonce, faite jeudi soir sur TF1, du déploiement de 3.000 professeurs remplaçants dans les établissements où la situation est la plus critique. « Très précisément 3.024 » a-t-il précisé, ajoutant que ces professeurs « sont en train d'être contactés en direct, si je puis dire, par les académies ». « Des contractuels » sont aussi en cours de recrutement, a-t-il ajouté.
Le ministre a également évoqué la « plateforme de concertation » baptisée « Lycéennes, lycéens : vous avez la parole », ouverte jusqu'au 23 octobre. Celle-ci affichait vendredi matin 67.000 contributions - un chiffre à rapporter aux deux millions de lycéens en France - alors que « tout le monde ricanait au début », a-t-il remarqué. Il a promis un « événement de restitution nationale » des contributions pour « apporter des réponses structurées », fin octobre. Puis jeudi soir, il a annoncé que les contributions « nourrir(ai)ent des propositions d'amendement du gouvernement dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027 ».
Cette annonce a suscité des réactions contrastées. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a salué une « première réponse » du gouvernement sur les professeurs remplaçants, mais l'a jugée « largement en deçà de ce qui est attendu », appelant à « respecter la parole des lycéens » vendredi matin sur France Info. Le porte-parole du Rassemblement national, Laurent Jacobelli, a estimé que cette annonce revenait à une « légitimation de la violence » observée en marge des manifestations lycéennes depuis trois semaines. « C'est tu casses, tu reçois », s'est-il indigné sur CNews-Europe1, ajoutant : « Ça veut dire que, quand on brûle des voitures, quand on agresse des policiers, on obtient quelque chose ? […] C'est la légitimation de la violence ».
La mobilisation se poursuit dans les établissements et dans la rue
Malgré les annonces, de nombreux lycéens appellent encore à poursuivre le mouvement vendredi. « C'est une mobilisation historique », se félicite Manon Moret, de l'Unef. « Tant qu'on n'aura pas 10 milliards sur la table, on continuera à se mobiliser », martèle Sabrine Kharbach, porte-parole de l'Union étudiante. « C'est un peu un jeu entre le gouvernement et nous, à qui lâchera le premier », résume Lucine, 16 ans, élève de première à Brest. Les syndicats et organisations de jeunesse appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestations le 13 octobre, et l'intersyndicale étudiante et professionnelle a donné rendez-vous pour des manifestations et la grève mardi prochain, à l'issue de la journée de jeudi qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes, moins que mardi.
Dans les établissements, la mobilisation se poursuit. L'École des Mines, prestigieuse école d'ingénieurs, est bloquée ce vendredi, les élèves évoquant une volonté de solidarité et regrettant les violences policières. Dans l'est parisien, les lycées Hélène-Boucher et Maurice-Ravel sont bloqués dans le 20e arrondissement. À Rennes, plusieurs proviseurs ont souhaité rouvrir partiellement leur établissement, et les forces de l'ordre ont été appelées pour « sécuriser des accès permettant aux lycéens qui le souhaitent d'accéder à leurs cours », précise la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Cinq personnes ont été interpellées après que des manifestants ont bloqué les abords du lycée Zola, à Rennes, et que les forces de l'ordre sont intervenues avec les pompiers pour débloquer le barrage érigé avenue Janvier, où des jets de projectiles auraient été constatés.
En Île-de-France, le conseil régional rapporte que 55 lycées sont perturbés depuis vendredi matin, dont 15 ont été le théâtre de dégradations. La présidente de la région, Valérie Pécresse, a rappelé que « à tous les lycéens casseurs sanctionnés en conseil de discipline la Région ajoutera une sanction supplémentaire : ils seront rayés de LABAZ, l'application réunissant les aides à la jeunesse de la Région Île-de-France. Ils ne pourront plus bénéficier des aides accordées par la Région : 100 € de remboursement du Navigo, 100 € pour l'achat d'un vélo, 100 € de soutien à la pratique culturelle et sportive ». Le conseil régional indique également que « plus de 200 échanges entre les conseillers régionaux de la majorité et les lycéens, proviseurs, enseignants et agents régionaux, ont eu lieu cette semaine, à la demande de la Présidente, sous des formats divers : réunions dans les lycées ou les mairies ».
Les étudiants en médecine craignent quant à eux que leurs examens soient bloqués la semaine prochaine. Interrogé par France Info ce vendredi, le président de l'Association nationale des étudiantes et étudiants en médecine de France (ANEMF) appelle les manifestants à la « solidarité étudiante » afin de ne pas perturber les concours d'internat de médecine qui se déroulent en début de semaine prochaine. Il demande aux manifestants « de ne pas bloquer les centres d'examen ».
L'ONU et les critiques des violences policières
L'ONU s'est dite « inquiète » face aux violences. « Nous appelons chacun à veiller à ce qu'elles [ces manifestations] restent pacifiques et à ce qu'il n'y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces de l'ordre. Le droit de réunion pacifique doit être respecté », a déclaré une porte-parole du Haut-Commissariat aux droits humains, Shabia Mantoo, lors d'un point de presse à Genève. La veille, le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric avait déclaré que les Nations unies étaient « fermement convaincues que chacun a le droit de manifester pacifiquement, et qu'il incombe aux forces de sécurité et au gouvernement de veiller à ce que ce droit soit protégé ».
La réponse policière a été vivement critiquée dans les cortèges, où les slogans contre les violences policières occupent une place presque aussi importante que les revendications sur le manque de moyens, avec des cas de main arrachée, mâchoire détruite, étranglements. À Bruxelles, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé vendredi contre la rigueur budgétaire, une manifestation sous haute surveillance policière en plein mouvement lycéen, émaillée de violences. La police a indiqué avoir dû faire usage de canons à eau et de gaz lacrymogène après avoir essuyé des jets de projectiles, « des bâtons en bois et bouteilles en verre », en marge du rassemblement. « Plusieurs centaines de jeunes se sont rassemblés aux côtés des manifestants. Certains d'entre eux étaient vêtus de noir et portaient des masques », a rapporté la police, ajoutant : « L'atmosphère s'est progressivement tendue et d'importants troubles à l'ordre public se sont produits ».
Le mouvement, parti d'un établissement de banlieue parisienne, a conduit à des annonces gouvernementales et à des réactions politiques contrastées. La prochaine étape est la journée de grève et de manifestations prévue mardi 13 octobre, tandis que le gouvernement s'accroche à sa plateforme de concertation et au déploiement de 3.024 professeurs remplaçants pour tenter de répondre aux revendications des lycéens.