Les cours seront « totalement ou partiellement » suspendus lundi dans « 400 à 500 » lycées en France, a annoncé dimanche le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, sur France 2 et France Inter. Cette mesure de sécurité intervient à la veille de « l'acte III » du mouvement lycéen, redouté par le gouvernement, qui se défend de tout usage disproportionné de la force.
Un mouvement parti de Créteil et étendu à toute la France
Parti mi-septembre d'un lycée de Créteil (Val-de-Marne), le mouvement des lycéens s'est étendu à tout le pays. Les élèves réclament notamment plus de moyens humains et financiers, dénoncent les absences non remplacées de professeurs et le délabrement des bâtiments. Cette semaine a été marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre.
Sur les 3.700 lycées du pays, « entre 400 et 500 » ont dû suspendre leurs cours vendredi, parce que les conditions de sécurité matérielles n'étaient « pas remplies », ou que des personnels « ont été directement visés ». « Il y en aura probablement autant lundi, mais avec une reprise partielle des cours », a précisé le ministre.
Bilan chiffré : 5.000 interpellations, 78 personnels blessés
Depuis lundi, les autorités ont dénombré plus de 5.000 interpellations, dont environ 85 % de mineurs, en marge du mouvement. Rien que pour la journée de vendredi, 1.700 interpellations ont été enregistrées. Le ministre de l'Éducation a également fait état de « 78 personnels de l'Éducation nationale blessés » et de « 24 établissements incendiés ou saccagés ». En incluant les dégradations de logements de fonction, la facture atteint probablement « entre 20 et 30 millions d'euros ».
Parmi les incidents notables, un adolescent de 16 ans a été interpellé après l'agression d'un enseignant à La Ciotat, aspergé d'essence. Un autre, âgé de 15 ans, soupçonné d'avoir actionné un spray enflammé sur le visage d'une passante à Marseille, a été déféré en vue de sa mise en examen pour « acte de barbarie ». Deux personnes ont aussi été placées en garde à vue à Belfort pour avoir participé au passage à tabac d'un policier, mais l'un d'eux a lui-même déposé plainte pour « tentative de meurtre », a annoncé dimanche son avocat.
Accusations croisées entre le gouvernement et LFI
Invité dans l'émission de débat « Franc-jeu », le ministre de l'Éducation a de nouveau accusé La France insoumise (LFI) d'avoir « incité au blocage » et favorisé la flambée de violences. Jeudi, Matignon avait estimé que le mouvement basculait vers des « violences urbaines », y voyant une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche ».
Face à lui, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a répliqué : « S'il y a quelqu'un qui est responsable de cette mobilisation, c'est vous ! Parce que cette situation, c'est la conséquence de dix années de politique macroniste, de 10.000 suppressions de postes d'enseignants, de refus de revalorisation du point d'indice des fonctionnaires » ou encore « de Parcoursup, qui génère de l'angoisse ». Il a « déploré » les violences mais regretté que l'exécutif « résume » le mouvement aux débordements et cherche ainsi à « éteindre » des « revendications légitimes ».
Manuel Bompard a également fustigé des interventions « absolument disproportionnées des forces de l'ordre », citant le cas d'un lycéen ayant perdu un œil dans un tir de flashball, d'un autre « qui prend une grenade lacrymogène dans les yeux » ou d'« une jeune étudiante qui se fait étrangler pendant plusieurs minutes ». Il a appelé le gouvernement à « apporter votre soutien à ces lycéens violentés ».
La réponse du ministre de l'Intérieur et les soutiens
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a répondu dimanche que les forces de l'ordre « ne répriment pas la jeunesse » mais « protègent » élèves et étudiants désireux de « porter pacifiquement leurs revendications », déplorant des « accusations graves et sans fondement ». La semaine dernière, plusieurs organisations dont le syndicat de la magistrature (SDM), la CGT ou la Ligue des droits de l'Homme avaient accusé le gouvernement et les forces de l'ordre de « réprimer » la jeunesse avec des moyens « disproportionnés », soulignant la grande « vulnérabilité » des manifestants, essentiellement des enfants.
Alors que « l'acte III » des lycéens, prévu mardi, inquiète une partie de la classe politique, le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, a appelé dimanche enseignants, salariés et militants à les soutenir, pour que « les revendications émergent plutôt que la violence ». Les militants communistes proposeront aux organisations de jeunesse de les « aider » à « sécuriser les parcours », a-t-il dit.