Au moins 215 élèves ont été blessés depuis le début des blocages de lycées, selon Matignon, et 715 policiers ou gendarmes ont également été blessés, selon le ministère de l'Intérieur. Face à la gravité des faits, dix enquêtes de l'IGPN, la « police des polices », ont été ouvertes depuis le début du mouvement lycéen, a indiqué lundi soir le ministère de l'Intérieur. Parmi elles, au moins quatre concernent des blessures sur mineurs à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise), Tours (Indre-et-Loire), Argenteuil (Val-d'Oise) et Lens (Pas-de-Calais).
Des blessures graves chez les adolescents
Le bilan humain est lourd. Un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée lundi matin lors d'une manifestation à Lens. Hospitalisé à Lille, ses jours « ne sont pas en danger », selon le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch. Le procureur de Béthune, Étienne Thieffry, a indiqué : « À l'heure où je vous parle, je ne suis pas en mesure de vous répondre si cet adolescent avait formellement récupéré une grenade qui a explosé dans sa main, ou si la grenade aurait atterri sur lui ». Selon une source policière, l'adolescent aurait voulu ramasser une grenade de désencerclement pour la relancer et elle lui aurait explosé dans la main.
À Tours, Maël, un adolescent de 16 ans, a perdu l'usage de son œil droit après avoir été grièvement blessé à la tête mercredi lors du blocus du lycée Balzac, selon la procureure de Tours. Catherine Sorita-Minard avait indiqué, à la suite des examens médico-légaux, que ses blessures étaient « compatibles avec l'impact d'une balle de défense de type LBD ». La famille du lycéen a déposé plainte pour « violences par personne dépositaire de l'autorité publique », selon le parquet. Dans un communiqué transmis lundi, sa famille déclare : « Nous tenons à clarifier que Maël n'a aucune implication, ni de près ni de loin, dans quelque engagement militant ou politique que ce soit. Il s'agit simplement d'un adolescent qui s'est retrouvé pris dans les événements, et qui l'ont tragiquement frappé dans son intégrité physique ». Maël, 16 ans, est toujours hospitalisé.
« Mâchoire scellée » et blessure à l'œil
À Saint-Ouen-l'Aumône, la mère d'Eden, 14 ans, grièvement blessé il y a une semaine par un tir tendu de lanceur de grenade lacrymogène devant son lycée, a confié lundi à la presse avoir « le cœur en miettes ». Elle décrit : « Il a la mâchoire scellée, il ne peut plus parler et il s'alimente avec une paille », dénonçant des violences « immondes » infligées à son fils, qui a « toutes les dents du haut cassées » et « celles du bas, arrachées ». Sur des images vidéo, on voit trois policiers, casqués, en face-à-face avec le lycéen. L'un d'eux assène un premier coup à l'adolescent, qui lui adresse à son tour un coup de pied, avant qu'un tir de lance-grenade dans le visage ne le propulse au sol. Les parents de cet élève de seconde au lycée professionnel Château d'Épluches s'apprêtent à porter plainte auprès du parquet de Pontoise pour tentative d'homicide volontaire. Le Défenseur des droits s'est autosaisi de cette affaire, avait annoncé jeudi l'institution. Cette autorité administrative indépendante confirme lundi à l'AFP l'arrivée de plusieurs saisines concernant les mobilisations lycéennes.
À Argenteuil, un adolescent de 16 ans a été blessé à l'œil jeudi à la suite d'un tir de LBD sur la dalle d'Argenteuil, à proximité de deux lycées. Des policiers ont « dû faire face (...) à deux jeunes hommes situés à une vingtaine de mètres d'eux qui avaient tiré en leur direction des mortiers » d'artifice, avait expliqué le parquet de Pontoise. « En riposte, deux policiers porteurs de LBD » ont fait « usage de ceux-ci », avait ajouté le ministère public, qui précisait que « la description du jeune homme pris en charge par les secours semblait correspondre à celle d'un des deux individus qui avaient été impliqués ». Selon le député LFI du Val-d'Oise Paul Vannier, l'adolescent « est aujourd'hui encore hospitalisé, les médecins ne savent dire à cette heure s'il va perdre ou non l'usage de son œil ».
La LDH dénonce une « dérive globale »
La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a dénoncé « une dérive globale par rapport à l'État de droit » lors des interventions des forces de l'ordre face aux adolescents. Cette déclaration intervient alors que les blocages de lycées se poursuivent dans tout le pays, avec des incendies dans plusieurs établissements scolaires, selon des images diffusées par MaxPPP. Le mouvement de protestation des élèves porte sur le financement des lycées et les conditions d'études. Les enquêtes de l'IGPN devront déterminer les circonstances exactes de ces blessures, tandis que les familles des victimes ont engagé ou s'apprêtent à engager des procédures judiciaires.