Mobilisation lycéenne : 266 000 dans la rue, l'exécutif en crise
Lycéens : 266 000 dans la rue, l'exécutif sous pression

La mobilisation lycéenne a pris une ampleur inédite mardi, avec plusieurs centaines de milliers de manifestants dans les rues de France, poussant l'exécutif à chercher une sortie de crise. Selon le ministère de l'Intérieur, 266 000 personnes ont défilé, dont 56 000 à Paris. Les organisations lycéennes et étudiantes (USL, Fage, Union étudiante, Unef) revendiquent pour leur part 450 000 manifestants, dont 100 000 dans la capitale.

Une mobilisation massive et des heurts

Pour ce troisième acte de la contestation, lycéens, parents et professeurs ont défilé ensemble dans toute la France. À Montpellier, 10 000 personnes ont exprimé leur colère, près de 2 000 à Nîmes, entre 1 800 et 2 500 à Perpignan, et plusieurs centaines à Narbonne et Carcassonne. Parallèlement, les cours étaient suspendus, totalement ou partiellement, dans 891 lycées sur 3 700 établissements, selon l'Éducation nationale.

La journée a été marquée par de nouveaux affrontements. 488 personnes ont été interpellées et 43 membres des forces de l'ordre blessés. Le mouvement, qui a débuté le 21 septembre dans l'académie de Créteil (Val-de-Marne), s'est amplifié avec le renfort des syndicats (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, SUD) et de l'opposition de gauche (PS, PCF, LFI).

LFI accusée de « bordéliser » le pays

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a défendu mardi à l'Assemblée nationale la nécessité de maintenir l'ordre face aux violences, accusant LFI de « souffler sur les braises » et de « bordéliser » le pays à l'approche de l'élection présidentielle. « Depuis dix-huit jours, vous jouez le pourrissement et déchaînez une répression inédite contre les manifestants », a rétorqué Mathilde Panot, cheffe de file des députés LFI, réclamant comme le PS l'interdiction de l'usage d'« armes mutilantes ».

La Commission nationale consultative des droits de l'homme pointe un « recours disproportionné à la force » face à des mineurs. Dix enquêtes ont été confiées à la police des polices, alors qu'un jeune a eu la main arrachée à Lens et un autre a perdu un œil à Tours. Le policier auteur du tir de lance-grenade qui a blessé au visage Eden, 14 ans, à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise) la semaine dernière, a été mis en examen mardi pour violences. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez estime ne pas avoir « à présenter des excuses » et affirme que les interventions des forces de l'ordre s'effectuent dans « la plus grande proportionnalité ».

Le gouvernement tente d'amorcer une sortie de crise

Les élèves réclament de meilleures conditions d'apprentissage et des financements supplémentaires, dénonçant des classes et des emplois du temps surchargés, le manque de professeurs, et demandant la refonte voire l'arrêt de Parcoursup. Le Premier ministre a promis le lancement de cinq chantiers, nourris par une plateforme de consultation en ligne, et d'apporter « davantage de transparence » et de « simplicité » à Parcoursup. Il a aussi annoncé la suspension des cours dans les lycées de mercredi à vendredi, sur une demi-journée, pour permettre aux chefs d'établissement d'organiser un « temps de démocratie interne » avec les élèves.

Mais c'est au sommet du pouvoir que la réponse doit être actée. Emmanuel Macron a réuni mardi soir à l'Élysée Sébastien Lecornu et les ministres de l'Intérieur et de l'Éducation pour tenter d'amorcer une sortie de crise, quitte à puiser dans le budget de l'État, afin d'éviter une « convergence des luttes », au moment où la perte de pouvoir d'achat, amplifiée par la flambée des prix à la pompe, fragilise de nombreux ménages français. La CGT annonce qu'elle se tiendra aux côtés des lycéens et des étudiants lors d'une nouvelle journée de mobilisation jeudi, tandis que les appels à un retour des « gilets jaunes » le 17 octobre se multiplient sur les réseaux sociaux.