Lyceens français vs Chinois: la fausse comparaison décryptée
Lyceens français vs Chinois: la fausse comparaison

Une publication virale sur X (anciennement Twitter) prétend que les lycéens chinois étudient jusqu'à 22 heures, week-ends inclus, tandis que les lycéens français se plaignent de leurs horaires. Cette comparaison, qui a valu aux lycéens français le qualificatif de « feignants » sur les réseaux sociaux, repose sur des images trompeuses et occulte la réalité du système éducatif chinois, marqué par une pression extrême sur les élèves.

Des images d'étudiants, pas de lycéens

Les vidéos partagées pour appuyer cette comparaison montrent en réalité des étudiants, et non des lycéens, dans une université de Hainan. Dans cet établissement, chaque étudiant choisit ses cours et donc ses horaires, en fonction des contraintes pour l'obtention du diplôme. Des étudiants ont d'ailleurs publié leurs emplois du temps, expliquant qu'ils ne travaillent pas de 8 heures à 22 heures chaque jour, et qu'ils ont même des journées entières libres ou d'importants trous dans leurs journées.

Le lycée en Chine se déroule sur trois ans, de 15 à 18 ans en principe, et n'est pas obligatoire. Pour y accéder, il faut réussir un examen d'entrée qui permet, selon le résultat, de choisir un établissement plus ou moins bien noté. Une part importante des lycéens sont internes. L'organisation des cours varie selon les provinces, mais ils débutent généralement entre 7 heures et 8 heures du matin et se terminent en fin d'après-midi, entre 17 heures et 18 heures. Cependant, la journée n'est pas terminée pour autant, car les lycéens ont ensuite des cours du soir pour réviser, qui peuvent effectivement se terminer à 21h30, voire 22 heures.

La pression du Gaokao, un fardeau pour les élèves

Le modèle chinois est-il vraiment un exemple à suivre ? Les enfants en Chine subissent une pression importante tout au long de leur scolarité, que ce soit au collège pour l'obtention du « Zhongkao », l'examen d'entrée au lycée, ou plus tard pour le « Gaokao », l'examen d'entrée à l'université. De nombreux lycées sont d'ailleurs surnommés « usines à Gaokao ». « Les écoles et les parents associent de longues heures d'étude à la réussite », écrit le People's Daily online, média du parti chinois.

Plusieurs études ont mis en avant le stress, l'anxiété, voire la dépression chez ces jeunes. Une étude publiée dans BMC Psychiatry en juin 2023 montrait « une forte proportion de nouveaux cas de dépression durant la période du Gaokao ». Elle mettait notamment en avant des facteurs familiaux, la pression pouvant être exercée par les parents dans de très nombreux cas, et soulignait qu'il est « crucial, en Chine, de mettre l'accent sur la prévention précoce et l'accès aux soins pour la dépression chez les adolescents et les jeunes adultes ».

Des conséquences tragiques et des mesures timides

Dans certains cas, cette pression conduit même les jeunes au suicide. En 2015, une école d'élite avait fait polémique à l'international après l'installation de barreaux métalliques aux fenêtres, comme le rapportait The Guardian. L'année précédente, un élève était décédé en octobre et un autre en mars après s'être jetés du haut des bâtiments de l'établissement. En 2025, le Centre de recherche et de prévention du suicide du Hong Kong Jockey Club, rattaché à l'Université de Hong Kong, avait estimé à 976 le nombre de cas de suicide chez les élèves de l'enseignement primaire et secondaire.

Dès 2024, le ministère de l'Education chinois a fait plusieurs recommandations pour limiter l'impact des études sur la santé mentale : interdiction des classements, limitation de l'heure de début de journée, temps de pauses… Le week-end de deux jours obligatoire a également été instauré. Des programmes ont été mis en place pour faire face aux problèmes de santé mentale chez les jeunes en Chine, comme l'AMHSP, élaboré en collaboration avec l'Unicef. Ces mesures, bien que significatives, peinent à contrebalancer une culture scolaire où la réussite aux examens est érigée en priorité absolue, au détriment du bien-être des élèves.