Le lycée Tocqueville de Grasse a été bloqué dès 7 heures, ce vendredi 25 septembre, par des centaines d'élèves mécontents. Une délégation de huit élèves a été reçue dans la matinée par le proviseur Pierre Pellegrino. Le mouvement, soutenu par des enseignants, intervient seulement trois semaines après la rentrée.
Des emplois du temps jugés incohérents et des pauses méridiennes manquantes
Les pancartes brandies devant l'établissement, chemin de l'Orme, résument la grogne : « Plus d'heures de trou que de sommeil », « L'administration nous ignore et l'école nous dévore », « le bac, pas le burn out ». Evann, élève en terminale, dénonce une situation « honteuse : mauvaise organisation, emplois du temps surchargés, horaires 8h à 18h avec jusqu'à 6 h de trou dans la journée. Des élèves qui n'ont pas de pause méridienne et doivent sécher les cours pour manger. »
Océane, également en terminale, agite sa pancarte « Emploi du temps/abus du temps » : « J'habite à une heure du lycée, je prends mon bus à 7h et je rentre à 19h/19h30. Comment voulez-vous qu'on travaille dans des conditions normales ? Depuis la rentrée, il y a eu des problèmes tous les jours. La direction ne nous écoute pas. »
La cantine, autre motif de colère : rations insuffisantes et plats crus
La restauration scolaire est un autre sujet de mécontentement. « Pas de cantine pendant les trois premiers jours après la rentrée : un coup bas pour les élèves des classes populaires, pointe Evann. On a des rations insuffisantes, pas de distributeurs d'eau et un manque de personnel. » Rose, en première, dénonce « des steak et des pommes de terre crues ».
Les enseignants soutiennent le mouvement, alors qu'une grève nationale est prévue mardi 29 septembre. Gino Nocera, professeur d'histoire depuis 23 ans à Tocqueville et élu SNES, lâche : « C'est ma pire rentrée depuis que je suis prof. Depuis la réforme Blanquer des spécialités, on accumule les problèmes de gestion. Le lycée, c'est un jeu de Tetris… Il est saturé, pas d'assistance sociale, pas assez de surveillant, de salles… Il y fait 30 °. On n'arrive plus à compenser. On est tous exténués. »
« Ces ados ont faim ! » : le cri des enseignants
Chrystelle Gautherin, professeur d'italien depuis 14 ans et élue du personnel, soutient aussi les élèves : « Ils ne demandent pas la lune. Ces ados ont faim en classe ! Le souci, c'est qu'ils ne sont pas entendus. Tendus, ils ne peuvent pas être réceptifs aux savoirs… » Elle pointe « une mauvaise anticipation de l'organisation de la rentrée », qui pourrait s'expliquer par une succession de trois personnes au poste de proviseur adjoint en quelques mois.
Le proviseur Pierre Pellegrino n'a pas souhaité s'exprimer. Le rectorat de Nice précise que « les préoccupations des lycéens » ont été entendues. Il détaille : « Les emplois du temps sont individualisés en fonction des enseignements et des options choisis par chaque élève. Dès la rentrée, les élèves et leurs familles avaient été informés de leur caractère provisoire, afin de permettre les ajustements nécessaires. Une nouvelle version a ainsi été communiquée aux élèves le 21 septembre. Des ajustements continueront d'être apportés, lorsque cela est possible, afin notamment de limiter les temps d'attente entre deux cours. »
Concernant la pause méridienne, « il a été signalé que quelques élèves ne disposaient pas, un jour dans la semaine, d'un temps suffisant pour déjeuner. Dès que cette situation a été portée à la connaissance de l'établissement, les emplois du temps concernés ont été immédiatement modifiés. À ce jour, tous les élèves disposent d'un temps de pause pour déjeuner chaque midi. » Enfin, sur les conditions de restauration scolaire, « le proviseur est en lien avec la Région, compétente en la matière, afin d'identifier les améliorations pouvant être apportées. »