La fin d'un lieu emblématique de la scène musicale bordelaise
Le tribunal de commerce a prononcé, ce mercredi 11 février, la liquidation judiciaire de l'I.Boat, un lieu musical iconique situé aux bassins à flot de Bordeaux. Cette décision intervient après une fermeture administrative de deux mois ordonnée par le préfet de la Gironde, suite à une agression sexuelle survenue dans l'établissement. François Bidou, directeur de l'I.Boat, a exprimé son amertume en déclarant : « On n'avait pas d'autre choix que de plaider la liquidation judiciaire ».
Une fermeture administrative aux conséquences fatales
La fermeture administrative avait été décrétée le 15 janvier 2026, après qu'une agression sexuelle et verbale ait été commise dans la nuit du 15 au 16 novembre. Deux rugbymen fidjiens, fortement alcoolisés, avaient mis une main aux fesses d'une cliente et lui avaient tenu des propos graveleux. Selon le rapport de police, les agents de sécurité de l'I.Boat avaient refusé d'intervenir pour éviter un débordement, ce qui a conduit l'amie de la victime à appeler les forces de l'ordre. François Bidou a répondu que l'établissement cherchait avant tout à éviter une bagarre, car 25 autres rugbymen fidjiens se trouvaient à l'étage supérieur, mais l'auteur de l'agression a finalement été exclu et remis aux autorités.
Une tentative de suspension rejetée par le Conseil d'État
L'I.Boat avait saisi le Conseil d'État pour demander la suspension de cette fermeture, la jugeant « disproportionnée ». Cependant, le 27 janvier, le juge des référés a rejeté cette demande, estimant qu'elle était « insuffisamment motivée » et rappelant que l'établissement avait déjà été condamné pour avoir servi de l'alcool à une personne en état d'ébriété. François Bidou a contesté ces allégations, soulignant qu'aucune plainte n'avait été déposée contre l'I.Boat en près de quinze ans d'activité, avec près de 3 000 personnes accueillies par semaine.
Des conséquences économiques et sociales dramatiques
La fermeture administrative a entraîné des pertes financières insurmontables pour l'I.Boat. Avec 21 salariés mis au chômage – incluant des barmen, du personnel administratif, des chargés de communication et de programmation, ainsi que des agents de sécurité – et des factures d'eau, d'électricité, d'Internet et de location s'élevant à environ 130 000 euros pour deux mois, la situation était intenable. François Bidou a expliqué : « On était déjà censés rembourser 83 000 euros de dettes en ce début 2026. On ne pouvait pas en plus payer 130 000 euros sans travailler ». L'établissement, engagé dans un plan de redressement depuis décembre 2024, ne pouvait pas bénéficier de mesures de chômage technique en raison de la sanction administrative.
Un vide culturel dans le paysage musical bordelais
Ouvert en septembre 2011, l'I.Boat ne fêtera pas son 15e anniversaire à l'automne prochain. Ce lieu privé et non subventionné était le plus important de Bordeaux, ayant accueilli des légendes du hip-hop comme Grandmaster Flash et Afrika Bambaataa, des pionniers de la techno tels que Laurent Garnier et Carl Craig, ainsi que des artistes émergents comme M83 et Altin Gün. Il jouait un rôle crucial de passerelle entre les petits lieux et les Scènes de musiques actuelles (Smac) comme le Krakatoa ou le Rocher de Palmer.
Les suites de la liquidation
Les concerts et DJ sets programmés jusqu'à la fin mai n'auront pas lieu, mais les places déjà achetées seront remboursées via un prestataire qui conserve les sommes. Quant à l'association Trafic, créée pour organiser des événements hors les murs et présidée par Benoît Guérinault, ancien directeur artistique de l'I.Boat, elle continuera à exister, mais François Bidou a indiqué : « On ne fera rien dans l'immédiat. On a d'abord besoin de faire le deuil de l'I.Boat et de nous ressourcer ». Cette liquidation marque la fin d'une ère pour la scène musicale bordelaise, laissant un grand vide dans son paysage culturel.



