Le Jalisco en état de choc après la mort du baron de la drogue El Mencho
L'État de Jalisco, au Mexique, peine à retrouver une vie normale après une vague de violences sans précédent déclenchée par la mort du baron de la drogue Nemesio Oseguera, surnommé « El Mencho ». Tué par l'armée dimanche à l'âge de 59 ans, ce criminel notoire dirigeait le cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG), l'organisation criminelle la plus redoutée du pays.
Une région paralysée par la terreur
À peine une poignée de magasins ouverts, avec des files d'attente monstres pour des achats de panique. L'État de Jalisco sort péniblement d'un quasi-siège après les violences débridées des cartels, enragés par la disparition de leur chef. Le gang s'est déchaîné dans plus de la moitié du pays en réaction à sa mort, notamment dans le Jalisco, son berceau historique.
Les criminels ont érigé des barrages, incendié des véhicules et pris d'assaut stations-service, banques et autres commerces. Les autorités ont depuis déployé 10 000 soldats pour reprendre le contrôle de la situation. Mais à Guadalajara, la capitale de cet État de l'ouest du pays, les rues sont restées désertées lundi, les écoles fermées et les transports publics réduits, avec seulement quelques passagers courageux.
Des habitants traumatisés et paniqués
Maria de Jesus Gonzalez, employée de 60 ans, avance lentement dans la file d'attente d'un des rares commerces ouverts. « On était enfermés, complètement paniqués, on ne voulait pas sortir, on regardait sur notre téléphone tout ce qui se passait, je n'ai pas pu dormir […] Maintenant je suis un peu plus calme, mais avec encore un peu de peur », raconte-t-elle avec émotion.
Dans ce supermarché, pas assez de chariots pour tout le monde, on fait ses courses avec des boîtes en carton, et même des panières à linge. Juan Soler, retraité, confirme : « Il n'y a qu'un seul magasin d'ouvert. Il y a des longues files pour acheter […] Et à la boucherie, il y a une file interminable. Les gens ont peur ». Ceux qui parviennent à faire des emplettes se chargent plus que d'habitude, effrayés à l'idée de manquer de nourriture ou de produits essentiels.
Un bilan humain lourd et des dégâts matériels considérables
Les affrontements entre les forces armées et le CJNG ont fait à ce stade :
- 25 morts au sein de la Garde nationale
- Un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet tués
- 46 narcos abattus
Dans les rues, les autorités continuent d'enlever des véhicules réduits à des squelettes de métal, tordu et encore fumant. Matias Mora, un chauffeur de 64 ans, explique que les criminels ont « incendié la pharmacie » près de chez lui dimanche, et mis le feu à des taxis. Malgré sa peur, il est allé au ravitaillement. « On a manqué de nourriture », confie-t-il. « J'ai vu que le supermarché était bien rempli, donc je suis venu travailler ».
Une situation critique dans les zones rurales
À deux heures de route au sud de Guadalajara, Tapalpa est toujours percluse des barrages dressés par les criminels. C'est précisément dans cette zone que leur chef a été touché, avant de succomber à ses blessures durant son transfert en avion. La situation est similaire dans l'État voisin du Michoacan, notamment à Aguililla, village natal d'Oseguera, où la tension reste palpable.
L'ombre de la Coupe du monde plane sur la région
La priorité du gouvernement mexicain est désormais de « protéger toute la population » d'un pays qui sera co-hôte cet été de la Coupe du monde de football, événement sportif numéro 1 de la planète. Guadalajara doit notamment accueillir quatre matchs à partir du 11 juin, ce qui ajoute une pression supplémentaire sur les autorités pour rétablir l'ordre et la sécurité dans la région.
Le défi est immense : redonner confiance à une population traumatisée, sécuriser les infrastructures et préparer l'accueil des milliers de visiteurs attendus pour le tournoi mondial. La mort d'El Mencho, loin de marquer la fin des violences, a ouvert une période d'incertitude et de tensions dans tout l'ouest du Mexique.



