Isola 2000 : un collectif de victimes présumées se forme contre l'animateur
Isola 2000 : collectif de victimes présumées contre l'animateur

Des victimes présumées de l'animateur d'Isola 2000, mis en examen pour agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, se regroupent en collectif pour briser le silence. Plusieurs femmes, qui ne se connaissaient pas, témoignent de faits présumés s'étalant de 1987 à 2025. L'avocat du mis en cause, Bruno R., 72 ans, affirme que son client conteste farouchement les faits.

Un électrochoc sur les réseaux sociaux

Le 16 août, la publication sur Facebook d'une mère révélant avoir déposé plainte contre l'animateur d'un camp de vacances d'Isola 2000 pour agression sexuelle sur sa fille de 10 ans a été un électrochoc pour toutes ces femmes. L'annonce de la mise en examen de cet homme de 72 ans a été un soulagement. « Ma fille a parlé tout de suite, on l'a crue, on l'a écoutée. Et nous avons déposé plainte le 19 août, quatre jours après les faits, le temps de comprendre et cogiter le week-end », explique la maman, dont la famille habite en Loire-Atlantique. « J'espère que ma fille sera sa dernière petite victime », lâche-t-elle.

De son côté, Mylène Agnelli, la maire d'Isola, annonce que la commune « réfléchit à se porter partie civile ». « Cette affaire nuit à l'image de notre station », décrypte-t-elle.

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Nathalie : « J'avais 13 ans et demi »

« Cette fois, j'espère que la justice va aller jusqu'au bout », souffle Nathalie (1), 45 ans. En 2001, elle a déposé plainte contre Bruno R. Elle a été entendue par la police : « Ils ont vraiment été aux petits soins avec moi »… Et puis ? Plus rien. « Je ne sais même pas si ma plainte a été classée », dit-elle. « J'avais 13 ans et demi, j'étais allée passer une semaine dans ce club à Isola 2000 et le dernier soir on a bivouaqué », se souvient-elle. « Je crois que quelque part il m'a choisie, tous les enfants ont dormi alignés sur des matelas. Moi, il m'a forcée à me mettre contre le mur et lui s'est couché contre moi », analyse cette Azuréenne qui a ouvert une page Facebook pour tenter de recenser les potentielles victimes.

Pour raconter son histoire, Nathalie préfère poser les mots exacts livrés en 2001 dans sa plainte. « Il a caressé mon sexe et joué avec mes poils pubiens. Je me suis retournée dos à lui et il s'est collé à moi. Il a pris ma main et l'a déposée sur son sexe. Je n'ai plus osé bouger jusqu'à ce qu'il me fasse mal avec ses doigts et là je me suis tournée violemment contre le mur en boule et j'ai attendu le matin. […] Je me suis sentie très sale et j'avais tout le temps besoin de me laver », avait-elle écrit à l'époque. Aujourd'hui, elle monte un collectif, car elle pense que beaucoup d'autres femmes sont concernées. « Il a essayé de me rendre fautive, je n'ai osé en parler que quelques années plus tard quand j'ai commencé à avoir des copains et que j'étais bloquée sexuellement », argumente-t-elle.

Léonore : « Je me suis sentie fautive »

« Mes parents étaient amis avec lui », confie Léonore Ifrah, 51 ans, qui habite et travaille à Guillaumes. À 17 ans, « j'habitais Vence, je voulais être éducatrice spécialisée, il avait en charge un pavillon à l'IME Henri Wallon à Villeneuve-Loubet et m'a proposé de faire un stage, j'étais ravie. Il m'emmenait le matin et me ramenait le soir », se souvient Léonore. « Le dernier jour, en voiture, il m'a dit qu'une enfant handicapée s'était plainte d'attouchements, il était mal et pleurait, mais une commission interne l'a blanchi. Ils ont dit que l'enfant avait calqué son histoire personnelle incestueuse sur lui. » À la fin du stage, Bruno R. lui propose d'être animatrice à Isola. « Il m'a proposé de monter avec lui pour rencontrer l'équipe d'animation et passer une nuit là-haut », avance Léonore. Sur place, elle ne rencontre personne. « On est allés au restaurant, puis au refuge. Il m'a dit : “On dort là.” On était seuls, j'étais très mal à l'aise, mais je me suis dit qu'on rencontrerait l'équipe demain. »

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« Je me suis couchée habillée, il s'est mis en caleçon », bredouille la quadragénaire. Elle abrège les détails : « Il s'est collé à moi, m'a forcée à le masturber, il a mis ma main dans mon jogging… Le lendemain, on est rentrés à Vence, je n'ai pas décroché un mot, j'ai fait semblant de dormir dans la voiture. Je n'arrivais pas à le regarder. Je me suis sentie fautive », soupire-t-elle. Le 29 mai dernier, cette habitante de Guillaumes a porté plainte elle aussi, bien que les faits soient prescrits. « Quand je suis revenue, ma mère a tout de suite vu que quelque chose n'allait pas. Je lui ai raconté, elle est allée régler ses comptes avec Bruno, elle l'a tiré par le col. Elle en a parlé à tous nos amis, mais beaucoup ne l'ont pas crue. On aurait dû déposer plainte », regrette-t-elle. « Même si c'est prescrit, au moins il y aura aussi mon témoignage », sourit-elle faiblement.

« Nous avons contesté la mise en examen » annonce l'avocat du suspect

« Mon client est très affecté par toute cette médiatisation sur Facebook », réagit maître David-André Darmon, l'avocat de Bruno R. « Il est très affecté d'être accusé sans être jugé et très étonné par cette publication qui porte atteinte à son honneur », enchaîne le conseil niçois du mis en examen des chefs « d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans ». Le parquet de Nice a ouvert une information judiciaire le 12 mai dernier pour « des faits concernant deux victimes potentielles différentes, entre 2018 et 2021 pour l'une, courant août 2025 pour l'autre ». Maître Darmon insiste : « Mon client est présumé innocent, il a 72 ans, et son casier judiciaire est entièrement vierge. Il n'a pas encore été entendu sur le fond par le juge d'instruction. Il contestera les faits, il a à cœur de s'expliquer. » Le conseil conclut : « Il n'y a pas eu de réquisitions de détention provisoire à son encontre. Ce n'est pas anodin, alors qu'on le présente comme s'il y avait une sérialité des faits. Nous avons d'ailleurs contesté la mise en examen. »

(1) Prénom modifié à la demande du témoin.