L'interpellation d'un élève par des policiers en civil, jeudi, au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a provoqué une importante mobilisation. Enseignants et lycéens ont dénoncé des violences policières et mis en cause le proviseur, qui a autorisé l'intervention dans l'établissement. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le commissariat de Saint-Denis pour exprimer leur colère et réclamer le départ du chef d'établissement.
Que s'est-il passé au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis ?
Les incidents ont débuté jeudi matin, alors que des élèves organisaient un nouveau blocus devant le lycée, l'un des établissements les plus médiatisés depuis le lancement du mouvement lycéen. Selon des personnels interrogés par l'AFP, les policiers auraient commencé « à charger, à gazer, à insulter, à frapper » des jeunes, mais aussi des adultes qui tentaient de les protéger. La situation s'est ensuite tendue à l'intérieur même de l'établissement.
Selon plusieurs membres du personnel, le proviseur aurait convoqué un élève dans son bureau avant de permettre aux policiers de procéder à son arrestation. Des vidéos transmises à l'AFP montrent des agents en civil, dont au moins un porte un brassard « police », interpeller un adolescent tandis que des adultes tentent de s'interposer. Certains enseignants affirment aussi que des collègues ont reçu des coups lors de cette intervention.
Pourquoi la police est-elle intervenue dans le lycée ?
La préfecture de police de Paris confirme que la BAC est entrée dans l'établissement pour interpeller un élève « auteur d'un outrage ». Elle précise que l'intervention a été réalisée avec l'accord du chef d'établissement. Selon la préfecture, les forces de l'ordre peuvent légalement pénétrer dans un lycée à la demande du proviseur ou après avoir obtenu son autorisation.
Au total, quatre personnes ont été interpellées au cours des événements. Deux policiers ont également été blessés, l'un après avoir reçu un coup de poing au visage et l'autre un coup de pied à la tête.
Enseignants et lycéens dénoncent cette intervention
L'arrestation a provoqué une vive réaction au sein de la communauté éducative. Jeudi après-midi, élèves et enseignants ont organisé un sit-in dans l'établissement, réclamant la démission du proviseur. La mobilisation s'est ensuite déplacée devant le commissariat de Saint-Denis, où plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées. « Ce qui s'est passé dans le bureau de la direction est un scandale absolu », a dénoncé un professeur, estimant qu'une « ligne rouge totale a été franchie ».
Parmi les manifestants, plusieurs lycéens ont exprimé leur inquiétude. Bilal, 17 ans, élève de terminale, a affirmé ne plus se sentir en sécurité dans son établissement. « C'est pas la police qui a un problème, mais des policiers au sein de la police », a-t-il expliqué à l'AFP.
Que va-t-il se passer après cet événement ?
La contestation pourrait désormais avoir des conséquences sur le fonctionnement de l'établissement. « On ne retravaillera pas tant que le proviseur n'aura pas démissionné », prévient un enseignant, qui redoute une aggravation des tensions.
Un de ses collègues, professeur de sciences économiques et sociales, assure que « toute la communauté éducative est choquée », à l'exception de quelques membres de la hiérarchie. Contacté par l'AFP, le proviseur n'a pas souhaité s'exprimer sur les événements et a renvoyé les demandes d'explications vers le service communication du rectorat de Créteil.