Intermittent du spectacle : il gagne bien sa vie à Montpellier
Intermittent du spectacle : il gagne bien sa vie

Vincent, intermittent du spectacle à Montpellier, a troqué la stabilité de l'emploi contre une liberté qu'il revendique pleinement. Malgré un planning à trous, il parvient à s'assurer un salaire confortable, atteignant jusqu'à 2 500 euros certains mois. « Mine de rien, je touche pas mal de sous », euphémise-t-il, alors que son statut lui permet de percevoir au moins 1 900 euros même lorsqu'il ne travaille pas.

Un choix de vie assumé

Vincent, dont le prénom a été modifié, ne vit pas son statut comme une contrainte. « Je ne me prive de rien, et je suis libre. On parle beaucoup de la ressource argent, mais pour moi la ressource de temps est très importante », explique-t-il. Cette liberté a un coût : une retraite potentiellement plus faible, mais il préfère se concentrer sur le présent. « Peut-être que plus tard, j'aurais moins au niveau de la retraite. Je ne m'y suis pas encore intéressé. Je pense au présent », confie-t-il.

Le jeune homme, diplômé de l'ACFA Multimédia Montpellier, alterne entre des semaines chargées de 45 à 50 heures et des journées sans travail, pour une moyenne de 35 heures hebdomadaires. Il travaille pour quatre employeurs dans la région, entre Saint-Gély-du-Fesc, Pérols et Frontignan, où il réalise des missions en ingénierie son, mais aussi de plus en plus en vidéo. « J'ai élargi mon champ de compétences, histoire de pouvoir trouver du travail. C'est très important. En son il y a aussi des missions, mais si j'attends de n'avoir que ça, ça va me pénaliser », souligne-t-il.

Des missions variées et une absence de routine

Ses missions sont éclectiques : « Par exemple, ma toute dernière mission, c'était de poser des télés à la Foire internationale à l'Arena, au parc des expositions. La veille, j'ai monté un écran géant. La mission d'avant, c'était un écran encore plus grand pour un événement privé avec une banque », raconte Vincent. Cette variété est un atout majeur à ses yeux. « Ce que j'aime, c'est que ça ne t'oblige pas à faire un seul travail. Ça t'ouvre à énormément de possibilités », ajoute-t-il.

L'absence de routine est une véritable passion pour lui. « Ça, j'adore. Parce que quand je fais une salve de 10 jours au même endroit, ça commence déjà à me gonfler le matin. Cette idée de routine, c'est un peu un truc qui m'emmerde au niveau du taf », confie-t-il. Cependant, cette liberté a un revers : il doit être son propre patron, son propre RH et son propre comptable. « C'est à moi d'être vigilant sur tout ce que je signe. Il faut être à l'affût de tout. Car j'ai énormément de contrats. S'il y a des écarts entre ce que tu déclares et ce qui est perçu réellement, c'est considéré comme de la triche », prévient-il.

Un niveau de vie qui a doublé

Le statut d'intermittent lui garantit un revenu régulier, quel que soit le nombre de missions. « La semaine dernière par exemple, j'ai fait une mission à 160 euros nets. Et mine de rien, je touche pas mal de sous », dit-il. Il a déjà atteint 2 500 euros en un mois, et la semaine prochaine, avec 45 heures de travail, plusieurs centaines d'euros supplémentaires tomberont sur son compte. De plus, il bénéficie de congés spectacles : une fois par an, il reçoit 1 000 euros supplémentaires, en remplacement des congés payés classiques.

Vincent vit avec sa compagne, salariée dans le privé, dans un appartement au cœur de Montpellier. Ils paient chacun environ 300 euros de loyer et de charges. Grâce à ses revenus, le couple vit sans se priver. « On ne se refuse pas grand-chose. Quand on fait les courses, on n'a pas à faire de calculs. On peut se permettre d'avoir des abonnements à des trucs non essentiels, de commander à manger. J'ai un bon niveau de vie. En fait, il a presque doublé depuis que j'ai obtenu mon statut d'intermittent. Quand je vois des amis qui ont une intermittence moins solide que la mienne, qui sont à Paris, je me sens gagnant », témoigne-t-il.

Un statut précaire malgré tout

Pour conserver son statut, Vincent doit effectuer au moins 507 heures de missions par an. S'il en manque ne serait-ce qu'une, il perd le statut et le revenu versé par France Travail. Il recommande d'ailleurs de ne pas se lancer sans être sûr de pouvoir boucler les heures : « Si t'es pas sûr de boucler les 507 heures, tu peux avoir tout fait pour rien et ne pas avoir le statut derrière. »

La facilité à trouver des missions dépend de la ville. « Montpellier, c'est un peu la petite parmi les grandes villes. Il n'y a pas énormément de taf », note-t-il. Pour sa période de référence, Vincent a travaillé plus de 700 heures, bien au-delà des 507 requises, ce qui lui a valu un revenu de départ avantageux. « J'ai réussi, sans élargir mon périmètre, à avoir des employeurs réguliers sur toutes les périodes de l'année », se félicite-t-il, conscient de sa chance malgré la précarité du statut.