Une tragédie familiale en Guadeloupe
Plus de sept années après le drame qui a coûté la vie à six personnes originaires de Calvisson, dans le Gard, le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre a rendu son verdict. Les deux propriétaires de l'appartement en location touristique où s'est produit l'incendie meurtrier ont été reconnus coupables d'homicide involontaire par violation délibérée d'une obligation de sécurité.
Un verdict attendu après une longue instruction
Le procès s'est tenu le 6 janvier dernier, marquant l'aboutissement d'une instruction particulièrement longue et éprouvante pour les parties civiles. Pas moins de six juges d'instruction se sont succédé sur ce dossier complexe avant que la décision ne soit finalement prononcée ce 10 février.
La propriétaire a été condamnée à un an de prison avec sursis, tandis que son conjoint écope de dix-huit mois avec sursis. Ces peines correspondent aux réquisitions du parquet qui demandait un an avec sursis contre les deux prévenus.
Les circonstances du drame
Dans la nuit du 30 au 31 octobre 2018, deux sœurs, leurs conjoints et leurs deux enfants âgés de 12 et 16 ans ont trouvé la mort dans l'incendie de leur location de vacances à Saint-François, en Guadeloupe. Cette famille bien connue à Calvisson, où l'un des couples dirigeait le camping 4 étoiles "Mer et Camargue", s'était couchée tôt en prévision d'une sortie pêche au petit matin.
Les enfants dormaient au rez-de-chaussée tandis que les parents se trouvaient à l'étage. Pris au piège par les flammes et les fumées, les adultes sont descendus pour porter secours aux adolescents. Ils se sont aspergés d'eau, mais il était déjà trop tard.
L'absence cruciale de détecteur de fumée
"Il n'y avait pas de détecteur de fumée", rappelle Me Catherine Szwarc, l'une des avocates de la partie civile. Cette absence a été déterminante dans le drame, privant les victimes endormies de toute chance de s'échapper à temps.
Bien qu'un des prévenus ait affirmé qu'une alarme était installée, celle-ci ne s'est jamais déclenchée et n'a jamais été retrouvée dans les décombres. Pire encore, lors de ses auditions, l'un des propriétaires a reconnu n'avoir jamais changé la pile du détecteur de fumée, alors que cette maintenance annuelle est explicitement indiquée sur la notice.
Un combat judiciaire de huit ans
"Ce n'est pas une victoire. C'est un acte de justice qui est fondamental pour les proches des victimes que je défendais... On se bat depuis 8 ans. Il y a eu 6 morts tout de même", insiste Me Catherine Szwarc, contactée le 11 février.
L'avocate déplore également l'attitude des propriétaires qui "n'ont pas eu un mot pour les victimes" : Hugo et Thomas, les deux enfants, Vanessa et Alexandra, les deux sœurs, ainsi que leurs conjoints Georges et Alain.
Un deuil qui perdure
Chaque 31 octobre depuis cette tragédie, les proches, les familles et leur avocate se réunissent au cimetière de Calvisson. Ce rassemblement annuel réunit Martine Cancel, la grand-mère, Me Catherine Szwarc, des amis, des membres de la famille et des représentants de la mairie, perpétuant le souvenir des disparus.
Initialement, un voisin présent à proximité des lieux du drame avait été mis en examen dans cette affaire, mais il a finalement bénéficié d'un non-lieu, laissant les propriétaires comme seuls responsables face à la justice.