Trois plaintes pour « non-assistance à personne en danger » ont été déposées fin août contre Anne Hidalgo, ancienne maire de Paris, et son ex-premier adjoint Patrick Bloche, dans le cadre du scandale des agressions sexuelles dans les activités périscolaires. Les familles des victimes les accusent d'avoir eu « connaissance d'un péril grave et imminent » pour les enfants et d'avoir « délibérément » organisé « une véritable omerta ».
Des plaintes documentées contre l'ancienne maire et son adjoint
Selon Me Lise-Honorine Bornes, avocate des trois familles, ces plaintes sont « documentées » et s'appuient sur « des éléments probants ». Elles montrent qu'Anne Hidalgo et Patrick Bloche, qui avaient la responsabilité des enfants, ont fait preuve d'un « déni complet » face aux alertes. C'est « la responsabilité pénale individuelle de Mme Hidalgo et de M. Bloche qui est engagée », a-t-elle affirmé à l'AFP, confirmant une information du Point. L'avocat d'Anne Hidalgo, Me Patrick Klugman, n'a pas souhaité réagir.
Des faits s'étalant de 2022 à 2026 dans une école du VIIe arrondissement
Les agressions ont eu lieu à l'école Saint-Dominique, dans le VIIe arrondissement de Paris, pendant les activités périscolaires. Les plaintes concernent des faits commis sur deux enfants entre septembre 2022 et août 2025, sur une autre entre août et décembre 2025, et sur une dernière entre septembre 2025 et janvier 2026. Deux animateurs ont été mis en examen le 23 mai pour « des faits à caractère sexuel » et écroués, dans le cadre d'une information judiciaire portant sur « des faits commis au préjudice d'une vingtaine d'enfants », selon le parquet.
Les familles avaient déjà déposé plainte séparément entre mars et mai pour « agression sexuelle », « violence », « non-assistance à personne en danger » et, pour l'une d'elles, pour « viol ».
Des alertes ignorées depuis 2015, selon les plaintes
Les plaintes consultées par l'AFP rappellent que le 14 avril 2015, lors d'une séance du Conseil de Paris, Jean-Pierre Lecoq, maire LR du VIe arrondissement, avait interpellé Anne Hidalgo en affirmant que « des enfants sont abusés sexuellement par des animateurs lors des activités périscolaires ». Dix ans plus tard, le 20 novembre 2025, Inès de Raguenel, élue LR du XVe arrondissement, avait alerté sur une explosion des signalements. Selon les plaintes, la maire avait refusé de répondre à chaque fois et a refusé « de recevoir les familles en détresse ».
Dès décembre 2021, le collectif SOS Périscolaire avait adressé un mail à Patrick Bloche, alors adjoint en charge des affaires scolaires, pour l'interpeller sur des faits de maltraitance. En janvier 2026, dans l'émission Cash Investigation sur France 2 qui a fait éclater le scandale, l'ex-premier adjoint a reconnu « plusieurs dysfonctionnements » et de « mauvaises habitudes » concernant le déplacement d'animateurs suspectés de violence d'une école à l'autre.
Des conséquences déjà engagées dans la capitale
Le parquet n'a pas souhaité communiquer à ce stade. SOS Périscolaire a réagi : « Quand les mairies ne font pas ce qu'il faut pour appliquer un principe de précaution efficace, quand elles ne communiquent pas et se soustraient à leurs obligations légales (article 40 par exemple), il est naturel pour les parents de vouloir les mettre (…) face à leur responsabilité. »
En février 2026, Anne Hidalgo avait reconnu sur France Inter une part de responsabilité en tant que cheffe d'administration, tout en se défendant : « Je ne peux pas laisser dire que nous serions restés depuis 2015 sans rien faire », indiquant que des personnes « ont été écartées, licenciées à différentes strates de la hiérarchie qui n'avaient pas signalé » ces agissements. En décembre 2025, elle avait nommé Dominique Versini Défenseure des enfants de la ville de Paris, fonction à laquelle le nouveau maire Emmanuel Grégoire a mis fin en engageant un plan d'action de 20 millions d'euros pour le périscolaire. Depuis début 2026, 132 animateurs ont été suspendus à Paris, dont 52 pour « suspicions de violences sexuelles ou sexistes ». En juin, une vingtaine d'élus de droite et du centre, dont Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement, et le groupe coprésidé par Sophia Chikirou (LFI), ont fait un signalement à la procureure Laure Beccuau, mettant en cause la responsabilité pénale de la ville.



