Garde à vue de lycéens : des avocats dénoncent des violences policières
Garde à vue de lycéens : des avocats dénoncent des violences

Des avocats d'adolescents placés en garde à vue lors du mouvement des lycéens réclamant davantage d'enseignants et de moyens ont dénoncé auprès de l'AFP des violences physiques, des insultes et des « tentatives d'humiliation » de la part de policiers, qui ont laissé des mineurs « terrorisés », selon eux. Plusieurs dizaines de jeunes ont été interpellés depuis le début du mouvement, parti mi-septembre du Val-de-Marne et étendu à tout le pays. Dix-huit enquêtes ont été ouvertes à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, principalement pour des jeunes blessés.

Des témoignages d'avocats dénonçant des violences et humiliations

« Quand on ouvre la porte » du commissariat, « qu'il y a 47 kg et 1,56 m derrière, c'est spécial comme sentiment », témoigne Ainoho Pascual, avocate membre de la Legal Team Paris, qui a assisté trois adolescents dans la capitale. « Je sens qu'ils sont terrorisés », poursuit-elle. « Une très grande majorité arrive en garde à vue blessés », après avoir « pris des coups de matraque » ou avoir « été tirés au sol », affirme-t-elle.

« On n'a pas une seule interpellation qui se passe sans que les lycéens décrivent une insulte, une gifle, un maintien de la tête au sol, des étranglements », abonde Prisca Ancion, du collectif action judiciaire (CAJ). « Il n'y a pas du tout d'adaptation des pratiques » des policiers « par rapport à leur minorité », déplore cette pénaliste, ayant assisté une « petite dizaine » de jeunes en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d'Oise.

Des conditions de garde à vue dénoncées comme humiliantes

Les commissariats sont par ailleurs le théâtre de « violences psychologiques » et d'« insultes racistes », affirme Me Ancion. « On les fait ramper comme un chien pour ramasser des affaires ». « Il y a systématiquement des tentatives d'humiliation », abonde Me Pascual, qui raconte qu'une adolescente a été « emmenée pieds nus au commissariat » alors qu'elle avait « demandé aux policiers » de ramasser ses chaussures perdues lors de son interpellation.

Même indignation dans le sud-ouest de la France. « On parle de mineurs qui ont passé la nuit en geôle sans matelas, sans couverture », relève Ludovic Tardy, à Pau, qui a assisté ce week-end trois mineurs. Se tiennent des interrogatoires tendus, rythmés de sarcasmes. « Avoir cours de 8 heures à 18 heures ? C'était pareil pour nous, connard ! », aurait ainsi lancé un policier parisien à un adolescent, selon son conseil qui témoigne sous couvert d'anonymat pour protéger le mineur.

Des entraves à l'accès à un avocat et des dossiers « vides »

« Des officiers de police judiciaire passaient en se moquant du droit au silence adopté par mon client : “Ça ne sert à rien, ton avocat te conseille mal” », se souvient aussi Me Théo Kermagoret, intervenu pour des adolescents à Sarcelles. La pénaliste Clothilde Legros prédit de son côté de « nombreuses plaintes pour faux en écriture publique », une infraction criminelle, « s'il est établi par des vidéos que les procès-verbaux ne correspondent pas à la réalité des opérations policières ».

Ces avocats s'inquiètent aussi des conditions d'accès à un avocat. Camille Duprié, membre du CAJ, affirme avoir été empêchée d'assister un lycéen. Les policiers lui ont reproché de « racoler des clients », assure-t-elle, avant de la contraindre à quitter les lieux. Des entraves servant à camoufler des dossiers « vides », accusent plusieurs avocats.

« Les parquets ont été saisis sur l'ensemble du territoire de la commission de graves faits de violences contre des policiers ou gendarmes, personnels de l'enseignement ou élèves, et de dégradations par moyens dangereux », dément de son côté la Conférence nationale des procureurs généraux, dans un communiqué. Ce n'est pas le vécu des robes noires interrogées par l'AFP. Un avocat bordelais ayant requis l'anonymat raconte avoir assisté un jeune de 15 ans « auquel on reprochait une intrusion dans un établissement, où il s'était en réalité réfugié pour échapper à une nasse ». « L'enquête a été classée mais il a quand même passé la nuit en garde à vue, très inquiet », déplore le Bordelais. Le client de Chirinne Ardakani était encore plus jeune : 14 ans. « Son seul tort était de s'être arrêté aux abords d'un lycée, qui se trouvait sur le chemin de son collège », affirme-t-elle. Les avocats prévoient de déposer des plaintes, tandis que les enquêtes de l'IGPN se poursuivent, et que le mouvement lycéen continue de s'étendre dans le pays.