Une semaine tragique dans les écoles turques
La Turquie est sous le choc après deux fusillades meurtrières survenues dans des établissements scolaires en l'espace de seulement quarante-huit heures. Le pays se prépare à rendre hommage ce jeudi aux neuf victimes de l'attaque la plus récente, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras, dans le sud du pays.
Neuf morts dans un collège de Kahramanmaras
Mercredi après-midi, aux alentours de 12h30 heure de Paris, un adolescent de 14 ans a ouvert le feu dans une « école intermédiaire » de Kahramanmaras, l'équivalent d'un collège français accueillant des élèves âgés de 10 à 14 ans. L'assaillant a tiré dans deux classes différentes, provoquant une panique générale.
Sur une vidéo authentifiée par l'Agence France-Presse, on peut voir des élèves sauter par la fenêtre d'une salle de classe située au premier étage tandis que des dizaines d'autres fuient précipitamment par la cour de l'établissement. Une quinzaine de coups de feu sont audibles au milieu des cris dans cette séquence d'une minute trente.
Le bilan officiel fait état de neuf décès et treize blessés. « Six d'entre eux sont actuellement en soins intensifs, dont trois dans un état critique », a précisé le ministre turc de l'Intérieur, Mustafa Çiftçi. Les huit élèves victimes, cinq garçons et trois filles, avaient entre 10 et 11 ans. L'enseignante décédée était âgée de 55 ans.
Le tireur, fils d'un ancien policier, est lui-même décédé sur les lieux. « Il s'est tiré dessus. On ne sait pas encore s'il s'agit d'un suicide ou si cela s'est produit dans le chaos », a déclaré le gouverneur de la province, Mükerrem Ünlüer. Les parents de l'adolescent ont été interpellés par les autorités.
L'influence des théories misogynes américaines
L'enquête a révélé des éléments troublants concernant le profil du jeune tireur. La direction générale de la police turque a indiqué que l'adolescent « utilisait sur son profil WhatsApp une image faisant référence à Elliot Rodger », l'auteur de la tuerie d'Isla Vista en Californie en 2014.
Elliot Rodger avait fait six morts sur le campus d'une université de Santa Barbara avant de se suicider. Dans une vidéo diffusée avant son crime, il avait expliqué que cette attaque était un « châtiment » pour les femmes qui l'avaient rejeté, illustrant ainsi l'idéologie misogyne qui semble avoir influencé le jeune Turc.
Le parquet de Kahramanmaras a quant à lui révélé jeudi que l'adolescent avait prémédité son attaque « d'ampleur », selon un « document du 11 avril 2026 » retrouvé dans son ordinateur. Ce document indiquait clairement son intention de « commettre une opération majeure dans un avenir proche ».
« Les supports numériques saisis lors des perquisitions au domicile de l'auteur et dans le véhicule de son père ont été confisqués et sont en cours d'analyse », a ajouté la police turque, précisant qu'aucun lien avec le terrorisme n'avait été établi à ce stade de l'enquête.
Une première attaque la veille à Sanliurfa
La fusillade de Kahramanmaras était malheureusement la seconde en une semaine. Mardi matin, un adolescent né en 2007 avait ouvert le feu dans un lycée technique de la province de Sanliurfa, dans le sud-est de la Turquie.
Cette première attaque avait fait seize blessés, dont quatre enseignants, dix élèves, un policier et un employé de cantine. L'assaillant, un ancien élève de l'établissement, a retourné l'arme contre lui et est mort sur place.
Des images de caméras de surveillance diffusées par les médias turcs montrent le tireur entrer en courant dans l'établissement armé d'un fusil à pompe et faire feu sur un homme situé face à lui. D'autres séquences montrent des lycéens fuyant en courant leur établissement, devant lequel de nombreux policiers et au moins un blindé avaient été déployés.
Réactions des autorités et manifestations
Face à ces événements tragiques, les autorités turques ont pris des mesures immédiates. Ce jeudi, 162 personnes ont été arrêtées et plus de 1 000 comptes de réseaux sociaux ont été bloqués en Turquie après ces deux fusillades scolaires.
Le ministre turc de la Justice, Akin Gurlek, a expliqué que « de nombreux comptes ont été identifiés comme ayant diffusé des contenus susceptibles de semer la peur, l'anxiété et la panique au sein de la population ». Ces comptes auraient également propagé des informations trompeuses et fait l'apologie du crime.
Parallèlement, plus de 3 500 enseignants turcs ont manifesté ce jeudi à Ankara à l'appel de plusieurs syndicats pour demander la démission du ministre de l'Éducation. Les protestataires scandaient des slogans comme « Des taches de sang sur mon métier » ou « Où étiez-vous quand nos enfants étaient en train de mourir ? ».
Les établissements scolaires de la province de Kahramanmaras resteront fermés jeudi et vendredi, a annoncé le ministre de l'Intérieur, tandis que le pays entier tente de digérer ces violences scolaires successives qui ont profondément ébranlé la société turque.



