Le tueur en série Francis Heaulme jugé pour un 12e meurtre en 1989
Francis Heaulme jugé pour un 12e meurtre en 1989

Francis Heaulme, connu comme le « routard du crime », doit être jugé devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour le meurtre de Jean-Joseph Clément, un agriculteur de 59 ans tué en 1989 dans le Vaucluse. Son recours en appel sera examiné le 19 novembre 2026 par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles.

Un meurtre commis quatre mois après celui de Joris Viville

Le 14 août 1989, Jean-Joseph Clément a été retrouvé mort à Bédarrides, dans le Vaucluse, le crâne fracassé par une pierre. Francis Heaulme avait admis sa responsabilité en 1992 avant de se rétracter. Un non-lieu avait été prononcé en 2002. En 2023, le pôle « cold cases » de Nanterre a rouvert le dossier. Le 16 juin 2026, un juge d’instruction a ordonné le renvoi de Francis Heaulme devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine.

« Le temps est venu pour Francis Heaulme de répondre à la justice »

Pour la famille Clément, après 37 ans d’attente, le temps est venu pour Francis Heaulme de répondre à la justice. Marine Allali, directrice du pôle « Affaires criminelles et Aide aux victimes » au sein de Seban Avocats, espère que la justice ne traînera pas pour que cet assassin hors-norme soit enfin jugé. Il pourrait s’agir du douzième meurtre de cet homme si sa culpabilité était prononcée.

Un parcours criminel marqué par onze victimes

Francis Heaulme est né à Metz en 1959, élevé dans la violence d’un père alcoolique. Le décès de sa mère l’a entraîné dans une vie d’errance dans des foyers, des hôpitaux, de petits travaux en petits boulots. Il a tué des enfants, des femmes, des personnes âgées, des victimes vulnérables, sans lien avec lui, sans mobile apparent. Onze victimes sont recensées, âgées de 8 à 86 ans. Depuis son arrestation en Alsace en janvier 1992, il n’a plus jamais mis un pied à l’extérieur. Il a été jugé devant des cours d’assises à Quimper, Draguignan, Metz, Versailles. Il cumule les condamnations à perpétuité qui, dans le système américain, totaliseraient une peine de 125 ans. Sa dernière condamnation, pour le double meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986, est devenue définitive en 2020.

Un cold case résolu par le pôle de Nanterre

Le pôle « cold cases » de Nanterre a résolu un autre crime de 1989 : mis en examen, Heaulme doit être jugé. En avril 1989, Heaulme était pensionnaire de l’hôpital psychiatrique de la Fontonne à Antibes et bénéficiait d’un séjour thérapeutique dans un mobil-home du camping varois où séjournait la famille de Joris Viville. Il se trouvait sur le lieu de la disparition de Joris. Il a enlevé l’enfant dans l’après-midi et rejoint le centre psychiatrique d’Antibes. Il était nerveux et angoissé. Il a déclaré au personnel avoir tué quelqu’un à Port-Antibes (au lieu de Port-Grimaud), ou avoir tué un enfant selon les sources. Il n’a pas été pris au sérieux.

La détermination de Jean-François Abgrall

L’assassinat de Joris est rentré dans les dossiers des affaires criminelles non élucidées, jusqu’à ce que le maréchal des logis-chef Jean-François Abgrall, de la gendarmerie du Relecq-Kerhuon, en Bretagne, se mette dans ses pas. Heaulme a été arrêté dans la Manche le 19 juin 1989 et a confié à Abgrall sillonner le pays depuis la mort de sa mère, en 1984, semant la mort sur son passage. Abgrall a créé une cellule de rapprochement à Rosny-sous-Bois pour centraliser toutes les informations. Heaulme pouvait être suivi à la trace, car il voyageait en train sans jamais payer son billet. Les gendarmes savaient qu’il avait fréquenté 87 départements, dont certains avec des crimes non résolus. Interpellé en janvier 1992 à Bischwiller, en Alsace, il a parlé de « pépins » à Abgrall, que le gendarme a traduits par « crimes ». Ces pépins l’ont mené dans le Var en 1989, plus précisément le 5 avril 1989, sur le lieu de la disparition de Joris Viville.

En mai 1997, la cour d’assises du Var, à Draguignan, a condamné Francis Heaulme à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté, pour l’enlèvement et l’assassinat de Joris Viville. À 67 ans, Francis Heaulme a été transféré vers l’unité hospitalière sécurisée de Nancy en raison de troubles cardiaques et pulmonaires. Opéré, il a regagné sa cellule. Le 19 novembre 2026, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles doit examiner son appel, une étape décisive avant un éventuel procès.