Le lanceur d'alerte Rui Pinto, à l'origine des révélations des « Football Leaks » sur le foot-business, a été informé mercredi que le programme de sécurité spéciale dont il bénéficie depuis août 2020 prendrait fin le 10 octobre, ont annoncé ses avocats dans un communiqué commun. Ses représentants portugais, Francisco Teixeira da Mota et Luisa Teixeira da Mota, et français, William Bourdon et Vincent Brengarth, dénoncent une décision aux conséquences dramatiques.
Une décision brutale et sans audition préalable
« Dans quelques jours, sans avoir été entendu au préalable comme l'exige la loi, il perdrait le logement protégé et confidentiel qui lui a été attribué et serait contraint de trouver un nouveau domicile en urgence, sans garantie de maintien de la protection policière », écrivent les avocats dans un communiqué commun. Ils évoquent une « décision aux conséquences dramatiques ».
Cette annonce intervient alors que l'affaire autour de Manchester City et de ses infractions financières en Premier League fait grand bruit. Les révélations de Rui Pinto ont permis aux enquêteurs anglais de confondre le club des Skyblues.
Des menaces réelles et une vulnérabilité accrue
« Les menaces pesant sur lui ne sont pas purement théoriques ; il a été agressé à Lisbonne en avril dernier. Ses révélations ont mis en cause des personnalités puissantes disposant de vastes ressources, et de nombreuses procédures judiciaires en découlant sont toujours en cours », rappellent les avocats. « Brutalement privé de son logement protégé et plongé dans une précarité extrême, Rui Pinto serait plus vulnérable qu'à tout autre moment depuis 2020 », ajoutent-ils.
En avril, le Portugais de 37 ans avait été acquitté de tous les chefs d'accusation pour lesquels il répondait dans un deuxième procès devant la justice portugaise, qui l'avait déjà condamné pour des faits similaires en septembre 2023. Il avait alors écopé d'une peine de quatre ans de prison avec sursis pour une série de crimes informatiques, ainsi que pour tentative d'extorsion contre un fonds d'investissement sportif.
Une coopération toujours active avec les autorités
Rui Pinto était à la fois prévenu et témoin protégé de la justice portugaise. Il coopère également avec les enquêteurs d'autres pays européens, dont la France. Lors de son premier procès, il avait reconnu avoir commis des intrusions informatiques illégales pour obtenir des millions de documents qu'il a commencé à publier directement sur internet fin 2015.
Transmise à un consortium de médias d'investigation européens, cette manne d'informations a mis en lumière des pratiques douteuses impliquant joueurs vedettes, clubs et agents, qui ont ensuite fait l'objet de redressements fiscaux et d'enquêtes judiciaires dans plusieurs pays. Arrêté en janvier 2019 en Hongrie où il vivait, puis extradé dans son pays, Rui Pinto a passé plus d'un an en détention provisoire avant d'accepter de coopérer avec les autorités dans d'autres affaires, en leur permettant d'accéder aux données cryptées qu'il avait en sa possession.