Félix Robert, le pionnier français de la tauromachie
Le 14 avril 1862, dans le petit village de Meilhan dans les Landes, près de Tartas, naît Jean Cazenabe, qui deviendra plus tard célèbre sous le nom de Félix Robert. Il est le dernier d'une famille de huit enfants, avec un père meunier, mais cet héritage ne l'intéresse guère. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour les bêtes à cornes, une fascination qui le mènera loin de sa vie rurale initiale.
Des débuts modestes à la carrière d'écarteur
Après un apprentissage de sabotier, Jean Cazenabe travaille comme garçon de café à Mont-de-Marsan. C'est en 1881 qu'il entame sa carrière d'écarteur landais, un tournant décisif. Pour adopter une identité plus conforme à l'univers taurin, il change son nom, choisissant son second prénom, Félix, et le patronyme Robert, inspiré de son beau-frère, afin de paraître plus torero.
Le premier combat et les obstacles
Le 15 août 1892, Félix Robert estoque son premier toro à Vichy, un événement marquant bien que laborieux, nécessitant pas moins de dix coups d'épée et suscitant la colère des opposants à la tauromachie. En août 1893, il tente sa chance aux États-Unis, où il effectue une tournée triomphale, renforçant sa réputation.
À son retour, il franchit une étape cruciale en s'inscrivant à l'école de tauromachie de Séville. Le 15 mai 1894, il obtient un diplôme de matador francés, devenant ainsi le premier Français à réaliser cet exploit, une réussite sans précédent dans l'histoire de la tauromachie en France.
La rébellion contre les interdictions
La tauromachie n'a pas bonne presse en France à cette époque. En septembre 1894, le ministre de l'Intérieur publie une circulaire interdisant les courses de taureaux avec mise à mort. Cependant, les Landais résistent. Le 6 octobre, le maire de Dax, Raphaël Milliès-Lacroix, prend délibérément un arrêté autorisant ces courses, ce qui lui vaut sa révocation par le président de la République, Jean Casimir-Perier.
Malgré la surveillance des autorités, la corrida se prépare en secret. Le 14 octobre 1894, lors d'un combat à Dax, le toro s'échappe malgré deux estocades de Félix Robert. Acculé dans une ruelle, depuis rebaptisée rue du Toro, il est achevé par Paul Nassiet. Les deux hommes finissent en prison, mais Félix Robert est libéré trois jours plus tard.
La confirmation et les anecdotes
Le 18 novembre 1894, Félix Robert prend l'alternative à Valence, en Espagne, et ne la confirme que le 2 mai 1899 à Madrid, avec Enrique Vargas comme parrain. Une anecdote amusante : il portait fièrement une paire de moustaches, mais dut y renoncer, car le milieu tauromachique ibérique les réservait aux acteurs jouant Escamillo dans l'opéra Carmen.
La fin de carrière et l'héritage
Après une carrière en demi-teinte, Félix Robert séjourne au Mexique, où il épouse la fille d'un banquier avant d'être chassé par la révolution. Il passe ensuite par les États-Unis, travaillant comme directeur de cirque et propriétaire d'une écurie de chevaux. En 1913, il s'établit définitivement à Marseille, tentant en vain d'y construire des arènes. Il meurt d'un cancer le 19 janvier 1916 et est inhumé au cimetière Saint-Pierre de Marseille.
En 2012, sa ville natale de Meilhan lui rend hommage en rebaptisant son artère principale à son nom, perpétuant ainsi la mémoire de ce pionnier audacieux de la tauromachie française.



