Faux César, vol Renoir : le sulfureux marchand d'art Yaël M. mis en examen
Faux César, vol Renoir : le sulfureux marchand d'art mis en examen

Yaël M., 51 ans, interpellé à Roquebrune-Cap-Martin le 7 octobre 2026, a été mis en examen pour recel en bande organisée dans l'affaire du vol des tableaux au musée Auguste-Renoir de Cagnes-sur-Mer. Le commissaire divisionnaire Éric Antonetti, chef du SIPJ 06, l'a décrit en conférence de presse comme un « marchand d'art sulfureux ». Cette affaire intervient après sa condamnation en 2009 à Grasse dans le retentissant procès des faux César, une arnaque spectaculaire racontée par la série documentaire « Fake you ! Une vraie histoire de faux », diffusée par Canal+ en mars 2026.

Un passé judiciaire chargé

L'histoire de Yaël M. est marquée par ses liens avec le monde de l'art et la justice. En 1997, il rencontre Pascal Nègre, alors patron de la major Universal, en boîte de nuit. Il devient son chauffeur et fréquente les soirées mondaines, jusqu'à un accident de voiture avec le véhicule du patron, alors qu'il roulait ivre. C'est à cette époque qu'Éric Piedoie Le Tiec le contacte. Avec Jean-Charles V., ce faussaire de haut vol forme un trio qui inonde le monde de l'art contemporain de faux entre 1999 et 2001, notamment des compressions signées César, réalisées par Piedoie Le Tiec dans un casse auto à Grasse.

« On sortait des César de manière industrielle à l'époque. On s'est follement amusé », confiait Piedoie Le Tiec à Nice-Matin en 2019, deux ans avant sa mort. Yaël M., lui, jouait le rôle d'intermédiaire avec des galeristes et des acquéreurs peu regardants, ignorant dans un premier temps qu'il vendait des faux, selon ses dires. Ce business lucratif a fait la fortune du trio jusqu'au couperet judiciaire : quatre ans ferme pour Piedoie Le Tiec, trois ans pour Jean-Charles V., et trente mois dont douze avec sursis pour Yaël M.

Une nouvelle implication dans le vol des Renoir

Le 12 octobre 2026, lors d'une conférence de presse à Nanterre, le procureur de la République de Marseille Nicolas Bessone a évoqué le rôle de Yaël M. dans le vol des tableaux au musée Renoir. Selon le procureur, Loïc, un Varois de 29 ans soupçonné du vol avec un complice, se serait rendu chez Yaël M. à Roquebrune-Cap-Martin début octobre 2026, ignorant que la brigade de répression et d'intervention (BRI) le suivait. Loïc aurait présenté l'écran de son téléphone « à ce nouvel individu qui gravitait dans le monde de l'art », selon Nicolas Bessone.

Yaël M. nie toute implication dans le cambriolage. Il affirme « ne pas avoir fait le lien avec le vol des Renoir » et assure que Loïc « l'avait contacté pour savoir s'il était intéressé par des statues et des tableaux ». Lors d'un second rendez-vous, Loïc lui a présenté « des photos de sculptures et d'intitulés de tableaux ». L'exploitation du téléphone de Yaël M. a révélé une recherche en ligne sur « Le portrait de Madame Colonna Romano » et « Jeune femme au puits », notamment sur leur valeur marchande. Yaël M. a transmis ces photos à son meilleur ami. Les enquêteurs pensent que Loïc a vu en lui un intermédiaire potentiel, une « porte de sortie », mais rien n'établit qu'il ait songé à Yaël M. après avoir vu le documentaire de Canal+.

Des charges lourdes et une présomption d'innocence

Yaël M. est mis en examen pour recel en bande organisée. « Nous considérons que c'est un recel numérique », précise le procureur Bessone. Il est aussi poursuivi pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime commis en bande organisée, et placé sous le statut de témoin assisté pour non-dénonciation de crime. Le procureur le décrit comme « un individu défavorablement connu des services de police pour des faits liés à des vols de tableaux, des faux en écriture publique, des contrefaçons artistiques et des recels, faits anciens de 2001 et 2003 ».

Yaël M. a bien possédé des galeries d'art à Paris, mais pas sur la Côte d'Azur, et n'interviendrait plus qu'à titre officieux. Placé sous contrôle judiciaire, il a dû confier son passeport et a l'interdiction de quitter le sol français. Pour l'heure, rappelle le procureur Bessone, « il demeure présumé innocent ». L'enquête se poursuit pour déterminer s'il était avisé d'un projet de vol à la fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence.