Une fausse info macabre sur TikTok : une mère et son bébé mort-né, une fiction virale
Fausse info TikTok : mère et bébé mort-né, une fiction virale

Une vidéo TikTok macabre fait le buzz : une mère contrainte de vivre avec son bébé mort-né

« Scène d'horreur, elle rentre chez elle avec son bébé mort-né et vit avec son corps pendant 10 jours. » C'est par ces mots glaçants qu'une vidéo TikTok, postée le 26 janvier par le compte « France Actu Express », a captivé près de 630 000 internautes. Supprimée depuis, elle a été réuploadée à l'identique sur d'autres plateformes.

Une fiction qui se répand comme une traînée de poudre

Une variante de ce récit, apparue dès décembre 2025, a été vue 1,3 million de fois sur une plateforme, 2,7 millions sur une autre, et 124 000 fois sur deux autres encore. Avec quelques nuances selon les versions, l'histoire est toujours la même : une femme accouche d'un bébé mort-né, mais l'hôpital la force à repartir avec le corps, arguant que « la morgue est saturée » et qu'il n'y a « plus de place dans les congélateurs ».

Une fois à domicile, pendant dix jours, la mère s'occuperait du cadavre comme d'un nourrisson vivant, se filmant avec son smartphone, sous les yeux de sa fille de 5 ans. Certains contenus ajoutent qu'elle poste ses vidéos sur TikTok – et effectivement, les mêmes images d'une femme jouant avec le cadavre d'un nouveau-né circulent partout –, d'autres qu'elle est arrêtée et condamnée à deux ans de prison ferme. Selon les versions, les faits se dérouleraient tantôt à Paris, tantôt au Royaume-Uni.

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Vérification : aucune trace médiatique de ces faits

Si certains internautes doutent de l'authenticité du récit, beaucoup expriment horreur et indignation, fustigeant soit la mère, soit l'inhumanité supposée du système hospitalier. Mais qu'en est-il vraiment ? 20 Minutes a mené l'enquête.

Plusieurs recherches par mots-clés, en français comme en anglais, n'ont révélé aucun média ayant rapporté de tels faits, ni en France, ni en Angleterre, ni ailleurs dans le monde. L'origine de l'histoire et des images – manifestement un deepfake – semble être une vidéo en anglais postée le 13 décembre, vue par plus de trois millions d'internautes, situant initialement les événements aux États-Unis.

Les premières versions françaises sont apparues quelques jours plus tard sur des comptes spécialisés dans les récits étranges et creepypastas, ces fictions horrifiques. Ce n'est qu'à la fin janvier que « France Actu Express », une fausse chaîne d'info aux contenus générés par intelligence artificielle, s'est approprié ce narratif pour en faire une fake news localisée en France.

Un récit juridiquement et médicalement invraisemblable

Que ce soit aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en France, cette histoire ne tient pas debout pour plusieurs raisons fondamentales.

Premièrement, la législation n'autorise pas à « rentrer chez soi avec un cadavre ». Les veillées funèbres à domicile sont possibles, mais strictement encadrées. En France, le transport des corps doit être effectué par des « véhicules spécialement aménagés, exclusivement réservés aux transports mortuaires », selon les articles D. 2223-110 à D. 2223-114 du Code général des collectivités territoriales.

Deuxièmement, même lors d'une veillée funèbre à domicile, le corps ne peut être conservé indéfiniment par la famille. Sans soins de thanatopraxie, la décomposition commence rapidement, rendant impossible une conservation de dix jours.

Troisièmement, le scénario selon lequel un hôpital contraindrait une personne à repartir avec un mort est totalement absurde. Même au plus fort de la pandémie de Covid-19, lorsque les morgues étaient effectivement saturées, aucun cas de ce type n'a été documenté.

Enfin, la condamnation de la femme à deux ans de prison est hautement improbable, surtout si la responsabilité de l'hôpital est engagée – ce qui est le cas dans la plupart des versions. En France comme au Royaume-Uni, dans une telle situation, une approche psychiatrique serait privilégiée plutôt qu'une réponse pénale.

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Un fait divers comparable et non moins macabre, survenu récemment dans l'Aisne, illustre cette logique : un homme ayant conservé le corps de son épouse décédée à domicile et entretenu des relations sexuelles avec elle n'a pas été incarcéré, mais pris en charge pour des soins psychologiques.

Une infox aux conséquences politiques

Creepypasta ou fake news, la version française de ce récit n'est pas anodine. En circulant et en étant crue par de nombreux internautes, elle renforce l'image d'un système hospitalier défaillant et d'une justice arbitraire et brutale. Cette désinformation, habilement localisée et diffusée par des comptes utilisant l'IA, exploite les peurs et les émotions fortes pour semer la défiance envers les institutions.

Cet exemple souligne l'importance de la vérification des informations, surtout lorsqu'elles sont aussi choquantes et diffusées sur des plateformes comme TikTok, où le contenu viral peut rapidement échapper à tout contrôle.