Exécution en direct : le Pentagone déclenche une vague d'indignation
Exécution en direct : le Pentagone déclenche l'indignation

Le Pentagone a annoncé son intention de diffuser en direct l'exécution par peloton d'exécution militaire de Nidal Hasan, le meurtrier de 13 personnes à Fort Hood en 2009. Cette décision, prise par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, suscite une vive indignation aux États-Unis et dans le monde, l'ONU évoquant une forme de torture.

Une exécution spectacle qui indigne

Nidal Hasan, 56 ans, doit être fusillé le 3 décembre prochain sur la base de Fort Hood, au Texas, où il avait tué 13 personnes, dont 12 militaires, et blessé plus de 30 personnes le 5 novembre 2009, un attentat inspiré par Al-Qaïda. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a justifié cette diffusion en direct dans une interview filmée mercredi, accordée à un influenceur d'extrême droite à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln, relayée jeudi sur les réseaux sociaux officiels du Pentagone.

« Il sera fusillé par des soldats, comme il se doit, et nous veillerons à ce que le public puisse y assister, à ce que ce soit public », a affirmé le ministre. Des « détails suivront », a-t-il ajouté, sans préciser quelle chaîne ou plateforme internet sera choisie pour cette diffusion totalement inédite.

L'ONU dénonce une forme de torture

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a réagi vendredi, estimant que diffuser en direct cette mise à mort constituerait une forme de « torture ». « Comme le Haut-Commissaire l'a souligné en réaction aux exécutions publiques en Afghanistan et en Iran, les exécutions publiques constituent une forme de traitement ou de peine cruel, inhumain ou dégradant. La diffusion en direct d'une exécution équivaut à une exécution publique et violerait l'interdiction absolue de la torture », a déclaré le Haut-Commissariat.

Kyinzom Dhongdue, responsable d'Amnesty International, a qualifié de « profondément choquants » les propos de Pete Hegseth, dénonçant « un terrible mépris pour la dignité humaine ». « Transformer une exécution ordonnée par l'État en spectacle public ne fait qu'aggraver la cruauté de la peine de mort », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Des élus américains condamnent le projet

Des élus américains, démocrates comme républicains, ont également condamné ce projet. Jack Reed, principal élu démocrate à la commission des forces armées du Sénat, a écrit sur X : « C'est un cadeau pour les recruteurs terroristes anti-américains. C'est absolument honteux et porte atteinte aux intérêts et aux valeurs fondamentales de l'Amérique. »

Austin Scott, élu républicain à la Chambre des représentants, a estimé : « Je soutiens totalement la condamnation à mort, mais diffuser des exécutions en direct est ce que font les jihadistes. L'Amérique vaut mieux que ça. » Le président de la Conférence des évêques catholiques américains, l'archevêque Paul Coakley, a condamné dans un communiqué cette « promotion barbare d'une culture de la mort ».

Une première depuis 1945

Le président républicain Donald Trump, fervent partisan de la peine de mort, a validé lundi l'exécution de Nidal Hasan. Touché à la colonne vertébrale durant la fusillade, ce dernier est depuis handicapé et se déplace en fauteuil roulant. Cette exécution sera la première effectuée par l'armée américaine depuis 1961, et la première par cette méthode depuis 1945.

Selon Amnesty International, au moins 17 exécutions publiques ont eu lieu en 2025 dans le monde : 11 en Iran et six en Afghanistan. L'observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC) a recensé 135 exécutions de soldats par l'armée américaine depuis 1916. En 1961, le soldat John Bennett a été pendu pour viol et tentative de meurtre lors de son déploiement en Autriche en 1954. Un autre soldat, Eddie Slovik, avait été fusillé pour désertion en 1945, la dernière mise à mort par peloton d'exécution militaire jusqu'à présent.

Ces annonces interviennent alors que l'exécution ratée sans précédent la semaine dernière dans le Tennessee d'une femme qui a survécu à deux injections létales a relancé le débat sur l'application de la peine de mort aux États-Unis. L'immense majorité des exécutions dans le pays relève des États, les exécutions fédérales étant rares et celles relevant de la justice militaire désormais exceptionnelles.