Philippe Chalony, 59 ans, ancien légionnaire condamné en 2022 pour viols incestueux, est au centre de l'enquête relancée sur la disparition de son ex-compagne Khadidja Bengrine en 2004. Le pôle « cold case » de Nanterre a annoncé de nouvelles fouilles dans cette affaire vieille de 22 ans. Chalony a été mis en examen en juin 2023 pour enlèvement et séquestration suivie de mort.
Une disparition sans corps
Khadidja Bengrine, alors âgée de 21 ans, a disparu à l'été 2004 sans laisser de trace. Son corps n'a jamais été retrouvé. Les premières investigations en 2012 n'avaient rien donné. C'est la condamnation de Philippe Chalony à 12 ans de réclusion en mai 2022 pour agressions sexuelles et viols incestueux qui a relancé le dossier.
Le procès de 2022 dresse un portrait sombre
Lors de ce procès devant la cour d'assises du Finistère, Chalony était jugé pour avoir violé « plusieurs fois par semaine » sa belle-fille de 16 ans, qui vivait chez lui, entre janvier et mai 2019. Sous l'emprise de son beau-père, elle devait l'appeler « maître » pendant les viols. Une amie de l'adolescente l'accusait également d'agressions sexuelles. Père de trois enfants, Chalony a nié les faits mais n'a pas fait appel de sa condamnation.
« Il niait parce qu'il fallait nier, mais il n'avait aucun problème de culpabilité », a déclaré Pierre Guillon, avocat de la belle-fille, décrivant « un type hors norme, à qui il fallait obéir au doigt et à l'œil ».
Un personnage énigmatique et dominateur
Anne Chanteux Caron, avocate de l'autre victime, le décrit comme « un personnage énigmatique, dominateur, imposant ses vues ». Le psychiatre Jean-Yves Cozic, qui l'a examiné avant le procès, a souligné sa « psychorigidité » teintée d'« agressivité » et une attitude « très problématique au regard du déni et de l'absence de remise en question ».
Né en juillet 1966 à Quimper, Philippe Chalony est le troisième d'une fratrie de quatre enfants. Il décrit ses parents comme « à l'ancienne », carrés, droits et croyants. Scolarisé à « l'école des curés » où il subissait des coups, il a abandonné à 15 ans et enchaîné les petits boulots avant de faire son service militaire en Allemagne.
En 1986, il a été condamné à six mois de prison pour vol à l'arrachée, puis s'est engagé dans la Légion étrangère, servant notamment à Djibouti. Devenu caporal, il a déserté en 1991 « pour une femme ». « La vie, c'est un combat […] c'est tu marches ou tu crèves », a-t-il déclaré à une juge d'instruction, précisant n'avoir jamais bu d'alcool.
Évasif sur sa relation avec Khadidja Bengrine
De retour à la vie civile, il a ouvert une pizzeria à Carhaix en 1993, puis une autre à Quimperlé en juillet 2003 avec Khadidja Bengrine. Lors de son procès à Quimper, « il était resté assez évasif sur sa relation » avec la jeune femme, selon Ronan Appéré, son avocat de l'époque. « Il avait dit avoir mis un terme à la relation, on n'a jamais su pourquoi. L'avocat général l'avait interrogé, il n'avait pas pu répondre. »
Khadidja Bengrine était beaucoup plus jeune que lui, avec 17 ans d'écart, comme beaucoup de ses anciennes compagnes, souvent des jeunes femmes « vulnérables » auprès desquelles il « intervient en sauveur », selon l'enquêteur de personnalité. Atteint de douleurs chroniques dues à une fibromyalgie, ce petit homme (1,66 m) vivait depuis 2012 d'une pension d'invalidité. Incarcéré depuis juin 2019, son comportement en prison a été jugé « irréprochable » par la directrice de la maison d'arrêt de Brest. Son nouvel avocat n'a pu être joint.



