Le procès de Ghislaine Maxwell et l'ombre de Jeffrey Epstein
L'éditorialiste de LCI, Laurence Haïm, publie un récit approfondi sur le procès de Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans de prison aux États-Unis pour trafic sexuel de mineures. Son livre explore également sa relation amoureuse avec le milliardaire Jeffrey Epstein, dont l'affaire continue de faire des vagues internationales.
Une dimension française troublante
L'affaire Epstein présente des connexions françaises significatives. Epstein a été arrêté à son retour d'un vol Paris-New York, possédait un appartement avenue Foch à Paris, et entretenait des liens étroits avec l'agent de mannequins français Jean-Luc Brunel. Ces éléments ont poussé la journaliste à approfondir son enquête pour la chaîne américaine CBS News, où elle a rencontré Ghislaine Maxwell.
Le parcours de Ghislaine Maxwell
Fille du magnat britannique Robert Maxwell, mort noyé en 1992 dans des circonstances mystérieuses, Ghislaine Maxwell a été envoyée à New York par ses frères après la ruine du groupe familial. Elle s'est rapidement intégrée dans le milieu des affaires new-yorkais, développant de nombreuses connexions françaises. Selon l'enquête, tous les Français ayant réussi à New York à cette époque sont passés par Ghislaine Maxwell.
Jeffrey Epstein : le financier dépravé
À l'apogée de sa carrière, Jeffrey Epstein était l'un des financiers les plus importants de Wall Street. Parti de rien - il était initialement professeur de mathématiques - il a bâti une immense fortune en gérant celles des autres pour de l'optimisation fiscale. Il possédait un appartement à Manhattan et une résidence d'été à Palm Beach, fréquentant les mêmes cercles que Donald Trump. Décrit comme un mélange de Clint Eastwood et Robert Redford, il était toujours accompagné de jeunes filles très jolies.
La rencontre et la relation
La rencontre entre Epstein et Maxwell reste floue. Epstein avait rencontré Robert Maxwell à Londres avant sa mort pour des affaires, et c'est à cette occasion qu'il aurait été présenté à Ghislaine. Leur première photo publique, prise lors d'une cérémonie à la mémoire de Robert Maxwell, les montre déjà éperdument épris l'un de l'autre. Epstein a ensuite versé 27 millions de dollars à Maxwell sur dix ans, ce que les procureurs interprètent comme le prix des jeunes filles qu'elle lui fournissait.
La descente vers la prédation sexuelle
Dans les années 1990, période où les top models comme Cindy Crawford ou Naomi Campbell étaient des stars absolues, le couple Maxwell-Epstein a dérapé. Ils ont commencé à faire l'amour avec d'autres filles, toujours jeunes, certaines restant avec eux pendant des mois voire des années. Ghislaine s'est mise à recruter des filles dans la rue, les présentant à Epstein pour des fêtes sexuelles de week-end.
Le rôle du mouvement #Metoo
Le mouvement #Metoo a été déterminant dans le déclenchement du procès. Avant ce mouvement, les filles affirmant avoir été abusées par des hommes riches et puissants n'étaient pas écoutées. Après #Metoo, leurs témoignages sont devenus précieux pour les avocats et procureurs. Epstein avait déjà été arrêté et condamné en 2008 pour avoir sollicité des prostituées mineures, mais avait alors embauché l'avocat Kenneth Starr, ancien procureur dans l'affaire Lewinsky contre Bill Clinton.
L'implication du prince Andrew
Le prince Andrew, troisième enfant de la reine Elizabeth II, a été mis en cause par Virginia Giuffre, alors âgée de 17 ans, qui affirme lui avoir été livrée à trois reprises pour des orgies avec d'autres mineures. Ami d'adolescence de Ghislaine Maxwell, le prince Andrew appréciait particulièrement ce couple et profitait de l'absence de protocole dans les maisons d'Epstein. Il a récemment signé un accord confidentiel avec Virginia Giuffre, probablement pour 15 millions de dollars, et a été déchu de son titre d'altesse royale.
La rupture des accords de non-divulgation
En 2019, des victimes ont décidé de rompre les accords de non-divulgation, très courants aux États-Unis. Ces accords, signés contre des sommes importantes, empêchaient les victimes de parler et de porter plainte. Certaines ont fait le calcul que parler leur permettrait de devenir célèbres, de raconter leur histoire sur Netflix ou d'écrire un livre avec un avocat, tout en gagnant de l'argent.
Le pouvoir de l'argent et le silence
L'argent joue un rôle central dans cette affaire. Les crimes étaient commis dans des cadres luxueux, entre gens puissants, avec une loi du silence généralisée. Les victimes n'allaient pas voir la police, leurs parents non plus, certains ayant accepté qu'Epstein leur offre une maison. Epstein donnait également d'importantes sommes à la police de Palm Beach avant de se suicider en prison en 2019.
Le procès de Ghislaine Maxwell
Le procès a révélé des nuances complexes. Ghislaine Maxwell n'est pas coupable de tous les chefs d'accusation, mais cela n'excuse en rien les crimes sexuels. Très peu de victimes ont témoigné - seulement quatre - pour des faits commis après 2009, alors que sa liaison avec Epstein avait pris fin entre 2001 et 2004. Elle a fait appel de sa condamnation et affirme aujourd'hui qu'elle aurait aimé ne jamais rencontrer Epstein.
Les menaces sur le volet français
La journaliste Laurence Haïm affirme avoir été davantage menacée en enquêtant sur le volet français de l'affaire que sur le volet américain. Un homme d'affaires français très important, toujours en liberté, serait complètement associé à ce réseau. Virginia Giuffre affirme avoir été offerte à cet homme d'affaires à Saint-Tropez lors de l'anniversaire de Beyoncé, alors qu'elle était mineure.
Epstein aurait également affirmé avoir fait venir des filles de douze ans d'une famille française, arguant qu'en France les gens avaient besoin d'argent et que c'était donc facile. La journaliste a reçu des menaces explicites l'avertissant de ne pas révéler certains noms, certains Français l'ayant suppliée de ne pas les mentionner dans son livre alors qu'ils avaient pris l'avion privé d'Epstein à plusieurs reprises.
L'affaire Epstein-Maxwell est loin d'avoir livré tous ses secrets, particulièrement concernant ses connexions françaises. Le livre "Ghislaine Maxwell, une femme amoureuse" de Laurence Haïm continue d'alimenter les interrogations sur ce réseau qui a exploité des mineures pendant des années.



