Un jour noir pour la pêche oléronaise
Le samedi 19 février 1994 reste gravé dans la mémoire collective de l'île d'Oléron. Ce jour-là, la mer a tragiquement emporté trois marins de la flottille de pêche du port de La Cotinière, en Charente-Maritime. François Morin, 42 ans, Richard Moreau, 35 ans, et Yves Moreau, 50 ans, ont disparu lors de deux accidents distincts survenus au large de Saint-Pierre-d'Oléron et du phare de La Coubre. La communauté insulaire est plongée dans le deuil et la stupéfaction.
La disparition de François Morin à bord de l'Edelweiss
La première tragédie se noue en pleine nuit, vers 4h45, à environ un mille à l'ouest de La Cotinière. François Morin, matelot à bord du chalutier l'Edelweiss, est occupé à poser des palangres lorsque, soudain, il chute par-dessus bord. Robert Coutin, le patron du navire âgé de 45 ans, assiste impuissant à la scène, voyant son équipier s'éloigner sur les flots sombres du golfe de Gascogne.
Un important dispositif de secours est immédiatement déployé sous la coordination du centre opérationnel de surveillance et de sauvetage d'Etel (CROSS du Morbihan). Malgré les efforts acharnés de la vedette SNSM Patron-Louis-Blanchard, de trois chalutiers en campagne et de l'hélicoptère Guépard 19, les recherches restent vaines. Elles sont interrompues à 8h45. Le corps de François Morin ne sera retrouvé que le dimanche matin, échoué sur une plage au sud-est de Saint-Pierre-d'Oléron. Célibataire, il louait un petit appartement à La Cotinière et était très apprécié de ses camarades pêcheurs.
Le naufrage de la Campanule et la perte des cousins Moreau
En début d'après-midi, la triste nouvelle endeuille déjà le port. Mais à l'heure de la criée, une seconde disparition vient bouleverser l'île entière. Vers 18 heures, le fileyeur la Campanule, un bateau de moins de 12 mètres, manque à l'appel. Alerté par le propriétaire du Roudoudou, le CROSS de Soulac lance de nouveaux secours.
Jusque tard dans la nuit, deux hélicoptères et la vedette SNSM ratissent en vain le pertuis de Maumusson, la grande passe de l'Ouest et le redoutable banc de la Mauvaise. Le naufrage aurait eu lieu dans la matinée, près de la bouée n°4, au large de la pointe de La Coubre, selon le chef de quart du CROSS. Les conditions météorologiques étaient difficiles, avec un vent d'est de 6 nœuds et une grande houle d'ouest. Dans cette zone de turbulences, la Campanule a probablement essuyé des déferlantes d'environ 3 mètres. Une lame l'aurait renversée, et son épave, emportée par les courants, se serait pulvérisée sur la côte.
Dimanche matin, les gendarmes découvrent des dizaines de débris de bois de couleur bleue, recouverts de minium, sur les plages de la Côte Sauvage, jusqu'à la pointe du Verdon. "Partout, nous en avons trouvé partout", rapporte l'adjudant Angerrand de la brigade nautique de Royan. Malgré un nouveau survol de la zone par l'hélicoptère de la Sécurité civile de La Rochelle en fin de journée, les corps de Richard et Yves Moreau ne sont pas localisés. Les deux hommes, cousins éloignés, habitaient La Cotinière. Richard, surnommé Riquet, était rugbyman à l'ORC.
Le banc de la Mauvaise, un passage périlleux
Le naufrage de la Campanule s'est produit dans une zone tristement célèbre des marins. Le banc de la Mauvaise, en bordure du lit sous-marin de la Gironde, est soumis à de violentes turbulences. Les vents d'ouest et la houle y heurtent souvent les courants, créant une mer très dure. Les hauts-fonds affleurent par endroits, rendant les bateaux ingouvernables au milieu des déferlantes. Ce week-end de février 1994, les conditions étaient particulièrement propices au drame.
Ce double accident rappelle la dangerosité constante de la pêche artisanale. Le dernier drame majeur dans ce secteur remontait au 27 juillet 1993, lorsqu'une déferlante avait balayé le pont du voilier Gwenn, causant trois morts et un disparu. La mer, source de vie pour l'île d'Oléron, peut aussi se révéler impitoyable, comme en ce funeste jour de février 1994.



