Depuis quatorze ans, la famille de Laëtitia Czuba, une habitante de Fréjus âgée de 33 ans, continue d'espérer. La jeune femme est portée disparue depuis le 25 septembre 2012, à Bordighera, en Italie, où ses dernières images de vidéosurveillance la montrent enjambant un portillon au bord de la mer avant de s'évanouir dans la nature.
Une disparition qui commence par un trajet inattendu
Ce soir-là, vers 20 heures, Laëtitia Czuba quitte Fréjus pour rejoindre sa grand-mère à Peymeinade, dans les Alpes-Maritimes, où elle doit passer la nuit. Elle dépose un sac de vêtements sur le siège passager. Mais au lieu de prendre la sortie vers Peymeinade, elle continue sa route, passe le péage d'Antibes, longe la Côte d'Azur et franchit la frontière italienne. Vers 22h30, sa voiture est retrouvée fermée à clé à Bordighera, à une centaine de kilomètres de Fréjus. Son téléphone portable, ses papiers d'identité et des médicaments sont dans le véhicule, mais nulle trace de la trentenaire.
Les dernières images captées par une caméra de vidéosurveillance près de la résidence de vacances Baia La Ruota, sur la route du littoral de Bordighera, montrent Laëtitia enjamber le portillon de la propriété, hésiter quelques secondes, puis disparaître dans la nuit.
Des zones d'ombre qui persistent
Claude Czuba, son père, explique que les premiers mois ont été marqués par l'incompréhension et l'abandon. « On nous a vite parlé de la piste de la noyade ou du suicide. Mais pourquoi aurait-elle fait autant de kilomètres pour se rendre en Italie ? On nous a dit que son corps finirait par être rejeté par la mer, qu'avec le courant ligure, c'était probable. Depuis toutes ses années, il n'en est rien », déplore-t-il, estimant qu'il s'agissait d'une piste pratique pour refermer le dossier d'une jeune femme majeure portée disparue.
Les zones d'ombre s'accumulent. Personne ne vérifie la présence de traces de sang dans le véhicule saisi. Personne n'établit avec certitude si Laëtitia était seule au moment de passer le péage d'Antibes, où une photo trouble est prise par les caméras. Le dossier, ouvert pour « disparition inquiétante », s'enlise. « Toutes les pistes n'ont pas été vérifiées. On nous parle d'une fille qu'elle aurait rencontrée, personne ne l'a cherché depuis », ajoute Claude.
Un message vocal troublant et une course à contresens
Le soir de sa disparition, à 20h36, Laëtitia laisse un message audio de trois minutes à l'homme qu'elle fréquentait, un militaire de Fréjus, marié et père de famille. On y entend le bruit du moteur et de l'autoradio, et une voix qui semble en détresse, répétant qu'elle est perdue et appelant à l'aide. Mais l'homme a effacé le message et ne rappelle pas. Il produit un alibi solide : il était en manœuvres militaires dans le Larzac, en Aveyron. Ni lui ni son épouse ne sont mis en cause.
Vers 21h45, la voiture de Laëtitia atteint le péage d'Arma di Taggia, en Italie, et opère un demi-tour. Cinq minutes plus tard, sa Volkswagen Polo noire est signalée roulant à contresens sur l'autoroute italienne sur près de vingt kilomètres, entre l'échangeur d'Arma di Taggia et la sortie de Bordighera. Elle traverse plusieurs tunnels et un viaduc sans provoquer d'accident. Un barrage se forme près du péage de sortie, mais la Polo ne ralentit pas et poursuit sa course sans être rattrapée. Ce comportement ne correspond pas à celui de la jeune femme, ancienne sous-officier de gendarmerie et sauveteuse en mer, selon ses proches.
Des témoins et une tong qui interrogent
Deux témoins, une mère et son fils, seuls habitants de la résidence Baia La Ruota, ont livré des récits troublants. Le fils regardait un match de football, tandis que sa mère aurait aperçu un homme rôdant sur le chemin menant à la plage environ deux heures avant l'apparition de Laëtitia. Il est décrit comme grand, à la peau mate, soigneusement habillé, semblant attendre quelqu'un. Huit mois plus tard, cette femme aborde en pleurs les parents de Laëtitia, révélant conserver chez elle une photographie de leur fille découpée dans la presse.
La découverte d'une tong en bord de mer ajoute au mystère. Le soir de la disparition, Laëtitia perd une sandale sur la plage. Les policiers italiens ne trouvent rien, mais un mois et demi plus tard, en novembre 2012, la tong réapparaît sur une portion de plage pourtant fouillée. Pour Claude et Carmen Czuba, cette réapparition n'a rien d'anodin et suggère une mise en scène.
Une enquête relancée, mais toujours pas de réponse
En 2021, une nouvelle juge d'instruction du tribunal judiciaire de Draguignan rouvre les investigations. Une commission rogatoire internationale est délivrée vers l'Italie. Le procureur de la République de l'époque, Patrice Cambérou, précise qu'il n'existe pas d'élément nouveau, mais que l'objectif est de reprendre le dossier dans son intégralité. L'enquête est confiée à la police judiciaire de Toulon, chargée de reconstituer minute par minute le trajet de Laëtitia et de comprendre pourquoi elle a franchi la frontière.
Chaque année, le 25 septembre, la famille se rend à Bordighera. « On se tient à l'endroit où la caméra l'a filmée pour la dernière fois. On ne sait toujours pas si elle a été agressée, si elle a fui quelque chose, ou si quelqu'un l'attendait là-bas. On ne sait rien. Nous ne demandons pas de miracle, mais on demande que tous les scénarios soient vérifiés », conclut Claude Czuba. Ce 25 septembre 2026, les Czuba prendront à nouveau la route vers l'Italie, dans l'espoir que le dossier ne soit pas classé et que la fin de l'histoire de Laëtitia leur soit un jour rendue.