Christine Villemin, mère du petit Grégory assassiné il y a 42 ans, intente ce lundi 12 octobre 2026 un procès en diffamation devant le tribunal correctionnel de Paris contre l'ex-journaliste Marie-France Lefèvre-Bezzina. Cette dernière, âgée de 82 ans, persiste à laisser entendre la culpabilité de la mère du garçonnet sur les réseaux sociaux, malgré son innocence reconnue par la Justice.
Des publications Facebook jugées diffamatoires
Sur Facebook, en juin 2025, Mme Lefèvre-Bezzina écrivait : « Il n'y a pas besoin d'aveu : elle n'a fait que mentir ». Une semaine plus tôt, elle publiait un message énigmatique : « L'assassin habite au 21 », en référence au numéro de la rue de l'actuel domicile de Jean-Marie et Christine Villemin. Le lendemain, elle ajoutait : « Imaginez ces enfants dont les deux parents sont des assassins », en rappelant que Jean-Marie Villemin a été condamné pour le meurtre de son cousin Bernard Laroche en mars 1985.
Le corps du petit Grégory, entravé par des cordelettes, avait été retrouvé le 16 octobre 1984 dans la Vologne, à quelques kilomètres du domicile familial de Lépanges-sur-Vologne (Vosges). Le crime avait été précédé d'un appel téléphonique et d'une lettre de revendications, œuvre d'un corbeau qui terrorisait la famille depuis plusieurs années.
Une ex-journaliste au parcours médiatique notable
Marie-France Lefèvre-Bezzina n'est pas une anonyme parmi les quelque 6 600 membres du groupe Facebook « Affaire Grégory = mensonge d'État ». Elle et son mari Jean-Michel Bezzina ont collaboré sous pseudonymes à huit médias nationaux, dont Le Figaro, France-Soir et Le Parisien, dès les débuts de l'affaire. Ils ont notamment relayé la thèse de la mère infanticide, défendue par la police puis par le juge d'instruction Jean-Michel Lambert.
Christine Villemin, inculpée d'assassinat sur son fils et placée en détention préventive pendant onze jours, a bénéficié en 1993 d'un non-lieu retentissant, avec une formule inédite : « absence totale de charges ». Elle détient toujours le record d'indemnisation journalière de détention indue. Pour l'ex-journaliste, l'arrêt de non-lieu « déborde de mensonges ». Elle assure même, forte de « quelques années au conservatoire », que « la voix que l'on entend est celle de CV », les initiales de Christine Villemin, dans un autre message poursuivi pour diffamation.
Une procédure judiciaire et des demandes précises
Me François Saint-Pierre, avocat de Christine Villemin, a déposé une « citation directe », une procédure simplifiée courante en matière de diffamation. Il dénonce « des accusations d'une gravité majeure », « aggravée par la qualité de journaliste qu'elle revendique publiquement » et « par la réitération de ses propos diffamatoires ». Il a déclaré à l'AFP : « Désormais, nous ne laisserons plus rien passer, c'est tolérance zéro ».
Christine Villemin, âgée de 66 ans, réclame 100 000 euros de dommages et intérêts. Elle ne sera pas présente au tribunal. Me Antoine Fittante, avocat de Marie-France Lefèvre-Bezzina, a indiqué qu'il demanderait la relaxe en faisant valoir « des moyens de forme et de fond ».
Ce n'est pas la première fois que les deux parties s'affrontent judiciairement. Il y a trente ans, c'est Mme Lefèvre-Bezzina qui avait attaqué pour diffamation les parents de l'enfant après la parution de leur livre « Le seize octobre » (Plon). Le tribunal avait alors relevé son « parti pris et son manque d'objectivité » pour la débouter. L'affaire Grégory est toujours en cours d'instruction, notamment dans l'attente de résultats d'expertises ADN et de stylométrie.