Sabryna et Solan, les deux jeunes cygnes relâchés au lac de Breil-sur-Roya à la fin du mois d'août 2026, ne reviendront plus. La femelle aurait été tuée par un prédateur, tandis que le mâle a été récupéré par le collectif Les Cygnes du littoral et transféré dans une colonie de la Siagne, jugée « plus sûre » par les bénévoles. La mairie, directement interpellée, défend sa gestion de l'incident, évoquant un « tragique concours de circonstances ».
Une disparition survenue après le franchissement du barrage
Rescapés d'un accident ferroviaire qui a coûté la vie à leurs parents Roméo et Juliette en mai dernier, les deux cygneaux avaient été pris en charge par le collectif Les Cygnes du littoral avant d'être relâchés au lac de Breil-sur-Roya. Le dimanche 20 septembre 2026, lors d'une manœuvre EDF, ils ont franchi le barrage et se sont retrouvés coincés en aval de l'ouvrage pendant toute la nuit. Seul le mâle Solan (ex-Zia) a survécu.
Membre du collectif, Marina exprime sa tristesse et sa déception. « On s'y était vraiment attaché, glisse la bénévole. On pensait que le lac de Breil serait un endroit idéal pour eux, c'est en tout cas comme ça qu'on nous l'avait vendu. Au final, ils n'y auront vécu que quatre semaines et quatre jours… » Les deux cygnes étaient des miraculés, leurs parents ayant été percutés par un train près du parc Vaugrenier.
Une information jugée tardive par la bénévole
Marina reproche à la municipalité d'avoir tardé à la prévenir. « Nous avions accordé notre confiance en la mairie de Breil qui avait manifesté son envie de retrouver des cygnes depuis longtemps, explique-t-elle dans un message publié sur la page Facebook des Cygnes du littoral. Nos échanges étaient clairs : en cas de problème avec nos protégés, nous voulions être tout de suite informés. » Selon elle, la mairie savait depuis la veille que les cygnes avaient franchi le barrage, mais elle n'a été appelée que le lendemain à 10 h 40. Elle ajoute : « J'ai demandé des informations pour connaître la situation et savoir si je devais intervenir, je ne les ai obtenues qu'à 13 heures… »
Quand elle est arrivée sur place accompagnée d'une autre bénévole, il était déjà trop tard. « À proximité de la plage, nous avons d'abord retrouvé une aile de Sabryna, sous des déjections de renard, ainsi que de nombreuses plumes. » Seul Solan avait survécu. « Il était dans l'eau et nageait à contre-courant vers le barrage, raconte encore l'ornithophile. Il n'y avait personne pour nous aider. »
Une capture difficile et un transfert vers la Siagne
La capture de Solan n'a pas été facile. L'oiseau s'était réfugié dans un endroit difficilement accessible, tandis qu'EDF effectuait des manœuvres provoquant des variations de débit. À l'aide d'une perche, les deux bénévoles sont parvenues à le capturer et à le mettre dans un « sac à cygne » avant de refaire le chemin inverse. « C'était pas évident, parce qu'on avait peur de se faire emporter ou de le faire tomber en remontant vers la route, confie-t-elle. On a vraiment soufflé une fois dans la voiture. »
Mis en sûreté, l'animal a ensuite été relâché dans une colonie de la Siagne, à l'ouest du département. Le collectif estime que ce lieu est « plus sûr » pour l'oiseau, qui a rejoint d'autres cygnes.
La mairie évoque un concours de circonstances
Le maire de Breil-sur-Roya, Sébastien Olharan, a répondu dans un long message publié sur Facebook. Il confirme que la femelle a été aperçue dès le dimanche après-midi en aval du barrage. Selon lui, l'adjoint qui l'a découverte a prévenu les pompiers, qui auraient constaté que l'animal n'était « pas blessé ni en danger » et auraient reçu pour consigne de ne pas engager de sauvetage dans ces conditions.
Pour lui, cet incident est davantage un « tragique concours de circonstances » qu'une négligence de la commune. « Il fallait beaucoup de malchance pour que les cygnes passent le barrage un dimanche, en pleine manœuvre d'EDF, en sachant voler mais pas suffisamment pour remonter et pour échapper à un prédateur, et qu'ils subissent une attaque en étant resté moins de 24 heures au sud du barrage », pointe Sébastien Olharan. L'élu l'assure, « notre lac n'est pas plus dangereux qu'ailleurs ». Il ajoute : « Malgré ce drame, le lac de Breil-sur-Roya restera le lac des cygnes. Les cygnes y seront toujours les bienvenus. La mairie fera toujours de son mieux pour les protéger et les habitants de leur mieux pour qu'ils s'y sentent bien, même si le risque zéro n'existera jamais. »
Marina s'y oppose catégoriquement. « Il y a déjà eu des incidents avec le barrage, pointe la membre du collectif Les Cygnes du littoral. On avait mis toutes les chances de leurs côtés pour éviter que l'épisode se répète. Pourtant, Sabryna et Solan, sont quand même passés de l'autre côté. Et on sait comment l'histoire s'est terminée… » L'ornithophile va même plus loin : « Si le maire insiste pour remettre des cygnes sur ce site, on lancera une pétition s'il le faut ! »