Quatre ans après le crash de leur avion de tourisme à Barcelonnette, le 28 décembre 2022, Barbara, 35 ans, et Xavier, 38 ans, ont livré un témoignage poignant, ce jeudi 24 septembre 2026, devant le tribunal correctionnel de Digne-les-Bains. Le couple de Niçois, brûlé à 55 %, a décrit un calvaire physique et psychologique, accusant le pilote de les avoir laissés brûler vifs.
Un témoignage sous le signe de la douleur et de la colère
Barbara a dû retirer une prothèse pour lire le texte qu'elle avait préparé. « Comment trouver les mots pour décrire l'enfer ? Aucune phrase, aucun cri ne pourra retranscrire ce que nous avons vécu avec Xavier », a-t-elle déclaré. Elle a raconté l'impact : « L'avion se crashe. Trop vite, nous allions beaucoup trop vite. J'ai durci tout mon corps avant l'impact. La vitesse est indescriptible. Je hurle. Je veux vivre. L'avion s'arrête. Les flammes jaillissent dans tout l'habitacle, comme si les portes de l'enfer venaient de s'ouvrir... »
Prisonnière de sa ceinture, elle a décrit l'horreur : « Je brûle vivante. Tout brûle, et puis soudain, la ceinture aussi... » Après s'être extraite de l'habitacle, elle s'est roulée dans la neige pour éteindre le feu, avant de sombrer dans l'hypothermie. Elle a également dénoncé le comportement du pilote : « Le pilote était sorti en premier, dès les premiers moments de l'embrasement. Il n'a même pas replié son siège pour me dégager la sortie au plus vite. » Un manque de « courage et d'humanité » qu'elle ne pardonne pas.
Des accusations rejetées par le pilote
Le pilote, lui, assure s'être évanoui et être sorti le dernier. Xavier, qui culpabilise de lui avoir accordé sa confiance, a rétorqué : « J'ai l'impression que nous n'avons pas vécu le même crash. » Il a confié avoir douté dès le décollage de Cannes-Mandelieu, à la suite d'une « manœuvre incorrecte », et avoir compris qu'ils allaient s'écraser avant même que les roues touchent le sol.
Après le crash, il a fallu attendre 45 minutes les secours. Quatre années ont passé, marquées par la reconstruction et la douleur. « On nous a brûlé les ailes, a résumé Barbara. Tout est parti en flammes : notre jeunesse, notre vie de couple, notre avenir, notre sourire, notre identité toute entière. »
Un amour plus fort que le handicap
Malgré tout, le couple affirme son amour, « plus fort que leur handicap », comme le souligne leur avocat, Me Nicolas Gemsa. Dans cette affaire, « les lésions sont tellement graves et visibles qu'elles parlent d'elles-mêmes ». Barbara, qui a perdu des doigts et ne peut plus exercer son métier d'infirmière, vit quatre mois par an dans le noir, volets fermés, la climatisation à fond. « Mon corps a survécu. Mais l'infirmière que j'étais est également partie en flammes », a-t-elle confié.
Pourtant, une lueur d'espoir persiste : « Je veux me battre. Malgré tout ça, j'aime profondément la vie. Aujourd'hui, nous prenons conscience que nous sommes miraculés », a conclu Barbara, déterminée à tourner la page, mais pas à oublier.