Le tribunal correctionnel de Digne-les-Bains a examiné ce jeudi 24 septembre 2026 les circonstances du crash d'un avion de tourisme survenu le 28 décembre 2022 à l'aérodrome de Barcelonnette Saint-Pons. Le procureur de la République de Digne, Antoine Pesme, a requis 5 ans de prison, dont 4 avec sursis, à l'encontre du pilote, Pierre-Yves M., jugé pour homicide et blessures involontaires. Le drame a coûté la vie à une passagère et grièvement brûlé deux autres occupants, tous originaires de Nice.
Un atterrissage fatal après un cadeau de Noël
Xavier Marovelli, 38 ans, avait offert à sa compagne Barbara Tirelli, 35 ans, un vol pour Barcelonnette pour Noël 2022, un « cadeau surprise » sur les traces de leur premier week-end ensemble. Le vol, réservé via la plateforme Wingly, devait être une parenthèse romantique. Mais l'atterrissage sur la piste de 720 mètres, réputée difficile, a viré au drame. L'avion, un Socata TB21 immatriculé n229GC, a touché la piste à 110 nœuds (plus de 100 km/h) au lieu des 73 nœuds recommandés (135 km/h), selon le Bureau d'Enquête et d'Analyses (BEA). Après trois rebonds, l'appareil a percuté un arbre et s'est embrasé.
Meriem Brahimi, 41 ans, compagne du pilote, est décédée des suites d'un traumatisme crânien. Xavier et Barbara, installés à l'arrière, ont été brûlés à 55 %. « C'est un cadeau de Noël qui se transforme en film d'horreur », a déclaré leur avocat, Me Nicolas Gemsa. Les images vidéo projetées à l'audience montrent un ciel dégagé et des montagnes enneigées, contrastant avec la violence de l'impact. Le pilote, ingénieur de profession, comptait 637 heures de vol, dont 140 sur ce type d'appareil.
Des erreurs de pilotage pointées par le BEA
Le BEA a mis en évidence une approche « trop vite, trop pentue, trop lourde », selon la présidente du tribunal, Sarah Meziani-Gimenez. Le pilote a reconnu être « parti d'un peu haut » et avoir atterri « un peu plus loin » que prévu. Un témoin qui filmait la scène a estimé que l'avion arrivait « trop vite, avec un atterrissage trop long ». Pierre-Yves M. a également admis ne pas avoir demandé le poids de ses passagers pour calculer la masse au décollage et à l'atterrissage, une obligation de sécurité pourtant essentielle.
Le procureur Antoine Pesme a fustigé « un atterrissage mal préparé et mal réalisé », soulignant que « la vitesse n'était pas conforme, la pente n'était pas conforme, et la masse, au mieux, pas vérifiée ». La défense, menée par Mes Solal Fitoussi et Patrick De La Grange, a plaidé la relaxe, estimant la sanction requise « extrêmement sévère, sur la base d'un dossier aussi mal fichu ». Ils ont rappelé que le pilote a lui-même été brûlé à 33 % et a passé un an à l'hôpital.
Des accusations de passagers rescapés
Au-delà des erreurs techniques, l'attitude du pilote après le crash a électrisé les débats. Xavier Marovelli a affirmé : « Il nous a laissés brûler vifs, et il a laissé sa compagne brûler dans l'avion ». Me Gemsa a renchéri : « Il a sauvé sa peau et a laissé brûler ses passagers ». Pierre-Yves M. a assuré s'être évanoui et avoir tenté d'éteindre ses propres brûlures dans la neige, avant de présenter des excuses : « Je suis dévasté, de tout cœur avec vous ». Des excuses jugées trop tardives par les rescapés.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré et rendra son jugement le 22 octobre 2026. Ce procès, chargé de tensions et d'émotion, laisse les victimes dans l'attente d'une reconnaissance de leur souffrance, tandis que la défense maintient que le pilote est « victime lui aussi ».