Le président de Crans-Montana nie avoir été informé des manquements de sécurité avant le drame
Auditionné par la justice suisse, le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a fermement nié avoir été informé du défaut de vérifications de sécurité au bar Le Constellation avant le tragique incendie. Devant les magistrats du canton du Valais, l'édile a assuré ne pas avoir eu connaissance du fait que les contrôles obligatoires n'avaient pas été effectués depuis 2019, soit pendant six longues années avant la catastrophe.
Une absence de contrôles reconnue mais non imputée
Nicolas Féraud, qui figure parmi les neuf personnes placées sous investigation pénale dans l'enquête ouverte après le drame, avait pourtant reconnu au lendemain de l'incendie l'absence de contrôles sécurité et incendie dans l'établissement depuis 2019. Ces vérifications doivent normalement être réalisées chaque année par les services communaux. L'audition marathon de onze heures s'est déroulée lundi, mais le président communal ne s'est pas exprimé devant la presse à son issue.
Son avocat, Christian Delaloye, a cependant pris la parole pour défendre son client. Selon ses déclarations, ce sera « à l'instruction de déterminer la responsabilité » de cette absence de contrôles, puisque Nicolas Féraud n'en était pas informé « avant le 2 janvier » dernier. L'avocat a insisté sur le fait que son client avait donné les moyens nécessaires à ses services pour assurer ces vérifications. « À chaque fois que les chargés de sécurité ont demandé du personnel complémentaire, le conseil communal a octroyé les places de travail », a-t-il affirmé, précisant que les pièces du dossier « le démontrent ».
Frustration des parties civiles face à une « dynamique de négligences »
De leur côté, plusieurs avocats des parties civiles ont exprimé leur frustration face au manque d'explications claires sur ces manquements persistants. Alain Viscolo, l'un de ces avocats, a déploré : « Je ne pense pas qu'il nous a convaincus […] On n'a pas eu nos réponses à la question essentielle, à savoir pourquoi, pendant six ans, il n'y a pas eu de contrôle ». Il a ajouté : « On a eu droit à un descriptif du système de la sécurité publique sur Crans-Montana, mais avec beaucoup de responsables, une galaxie de personnes qui sont responsables, pour finir, de pas grand-chose ».
Romain Jordan, un autre avocat des parties civiles, a estimé : « Je ne peux pas dire que je suis satisfait des réponses qui ont été données. En revanche, il y a véritablement cette réalité-là, c'est-à-dire qu'on touche d'un peu plus près la dynamique de négligences qui ont provoqué ce drame ». L'enquête doit non seulement clarifier les responsabilités des fautes de la commune, mais aussi lever le voile sur les mesures anti-incendie prises par les propriétaires français du bar, Jacques Moretti et Jessica Moretti, ainsi que sur les circonstances exactes du sinistre.
Les circonstances de l'incendie et le bilan humain
Selon les investigations, l'incendie aurait été déclenché par les étincelles de bougies « fontaine » qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol du bar. Le drame, survenu la nuit du Nouvel An dans la station alpine, a fait 41 morts et 115 blessés, principalement des adolescents et de jeunes adultes, dont de nombreux étrangers, en particulier des Italiens et des Français. Selon le dernier décompte de l'Office fédéral de la protection civile, 38 patients sont toujours hospitalisés ou en centre de réadaptation, dont la moitié à l'étranger.
Une enquête qui se poursuit avec de nouvelles auditions
Le ministère public valaisan, critiqué par plusieurs parties civiles pour la lenteur de l'enquête, a entamé la semaine dernière une nouvelle vague d'auditions à Sion. Pour la première fois, d'anciens et actuels responsables de la commune ont été convoqués. La semaine dernière, un ancien responsable de la station, l'adjoint de l'ex-chef du service de sécurité et un membre actuel de l'équipe de sécurité publique ont été entendus. Un ex-conseiller communal doit également être auditionné mercredi.
Le principal mis en cause dans l'enquête sur l'incendie, Jacques Moretti, devait initialement être de nouveau entendu le 7 avril. Cependant, cette audition a été reportée sine die après le dépôt de certificats médicaux par ses avocats. L'affaire continue donc de se dérouler dans un contexte de fortes attentes et d'émotions, alors que la justice tente de reconstituer la chaîne des responsabilités ayant conduit à cette tragédie.



