Un conflit de voisinage dégénère en affaire judiciaire à Montfaucon
Un différend de voisinage ordinaire a pris une tournure judiciaire grave à Montfaucon, dans le Gard. Un homme de 68 ans, ancien militaire, a comparu ce vendredi 6 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Nîmes pour des faits remontant à l'été 2025. Il est accusé de violation de domicile et de harcèlement moral envers son voisin plus jeune, père de famille.
Des accusations de nuisances sonores qui dérapent
À l'origine du conflit, des reproches concernant le bruit des enfants du plaignant. Le sexagénaire estimait que les nuisances sonores étaient intolérables. Mais le désaccord a rapidement dépassé le simple cadre des relations de voisinage pour prendre une dimension pénale.
Le voisin plaignant, qui porte un nom de famille d'origine africaine, a installé une caméra de surveillance pour documenter les comportements qu'il jugeait inacceptables. Bien que l'installation ait filmé partiellement la propriété voisine - ce qui est illégal - les images ont été admises comme preuves par la justice, faute d'autres moyens de démontrer les infractions.
Des injures racistes et des manœuvres dissuasives
Devant le tribunal, le plaignant a décrit une situation devenue insoutenable. "Je reçois des injures racistes", a-t-il témoigné. Il a également révélé que son voisin tapait dans les murs lors des visites de potentiels acquéreurs, alors qu'il tentait de vendre sa maison. Pour répondre aux accusations de bruit, il a précisé avoir fait isoler les murs à ses frais.
Le procureur Vasserot a souligné la gravité des faits : "Pour être respecté, il faut être respectable, c'est un comportement que l'on doit proscrire, notre code pénal le réprime, c'est une violation de domicile". Il a noté que les images ne montraient aucun chien qui aurait pu justifier l'entrée du prévenu sur la propriété voisine.
Une différence troublante dans l'appellation des parties
Un détail procédural a suscité de l'embarras dans la salle d'audience. Alors que le prévenu était systématiquement désigné par son nom de famille, le plaignant n'était appelé que par son prénom. Son nom de famille d'origine africaine, jugé "trop dur à prononcer" selon les protagonistes, n'a jamais été énoncé.
À plusieurs reprises, on a entendu : "Je peux vous appeler A... ?". Cette asymétrie dans le traitement des noms a créé une gêne palpable sur le banc de la partie civile, soulevant des questions implicites sur l'égalité de traitement devant la justice.
Les réquisitions du procureur et la plaidoirie de la défense
Le procureur a requis six mois de prison avec sursis pour les deux infractions : violation de domicile et harcèlement moral. Il a estimé que le harcèlement était caractérisé par des comportements répétés : dépôt de branchages devant le domicile, propos hostiles et maintenant les injures racistes.
Me Largier, l'avocate de la défense, a plaidé la relaxe. Elle a stigmatisé l'installation illégale de la caméra et demandé au tribunal de nuancer les responsabilités dans ce conflit qui, selon elle, impliquait des torts partagés.
Le tribunal s'est retiré pour délibérer à 12h30. Cette affaire dépasse le simple différend de voisinage pour toucher à des questions de respect, de dignité et d'égalité de traitement devant les institutions judiciaires.



