Le parquet de Marseille a confirmé, jeudi 24 septembre 2026, la mise en examen d'un commissaire pour « faux témoignage et soustraction de preuve » dans l'affaire de l'agression d'Angelina, une jeune femme de 19 ans rouée de coups par des policiers en marge d'une manifestation en 2018. Il s'agit du plus haut gradé mis en cause jusqu'à présent, alors que près d'une quinzaine de fonctionnaires font l'objet de poursuites.
Une mise en examen confirmée par le parquet
Interrogé par l'AFP, le parquet de Marseille a indiqué que le commissaire a été mis en examen le 17 septembre 2026. Selon Médiapart, qui a révélé l'information, il était, au moment des faits, le numéro deux du service de sécurisation des transports en commun (SISTC). Le jour des violences, il encadrait huit policiers en civil, dont sept ont depuis été mis en examen.
Les faits remontent au 8 décembre 2018. Angelina, alors âgée de 19 ans et vendeuse dans un magasin du centre-ville de Marseille, rentrait du travail avec son petit ami de l'époque. Elle a d'abord reçu un tir de LBD dans la cuisse, qui l'a fait chuter, avant d'être encerclée puis rouée de coups par plusieurs policiers. Le policier soupçonné d'avoir porté les coups de matraque ayant fracturé le crâne de la jeune femme a été mis en examen en avril.
Des déclarations contredites par les subordonnés
Médiapart souligne que le commissaire « a toujours expliqué ne pas pouvoir identifier ses agents sur les vidéos », mais que ses déclarations sont « contredites aujourd'hui par ses propres subordonnés, qui ont décrit en audition des dissimulations ». Cette mise en examen intervient alors que l'enquête s'est accélérée fin 2025, après des années de blocage.
Rencontrée par l'AFP en 2020, Angelina, qui ne souhaite pas donner son nom de famille, avait raconté être tombée à terre, avoir reçu un coup de pied en plein visage d'un homme chaussé de rangers, puis une pluie d'autres coups de pieds et de matraques qui lui ont fracturé le crâne. L'affaire avait fait grand bruit lorsqu'elle avait porté plainte auprès de l'IGPN, la police des polices.
Une enquête longtemps entravée par des preuves manquantes
L'enquête a longtemps patiné, notamment en raison de preuves manquantes : des enregistrements radio du logiciel Acropol, qui captait les échanges entre policiers sur le terrain, avaient été effacés, tout comme des images de vidéosurveillance de la ville. Ces disparitions ont motivé la demande de réouverture de l'information judiciaire.
Brice Grazzini, avocat d'Angelina et de son ex-compagnon, rappelle que la démarche était aussi motivée par « le fait qu'il y avait une omerta, et que cette omerta ne pouvait pas concerner uniquement des agents sur place, mais qu'il y avait évidemment la hiérarchie qui était au courant ». Il salue le « travail sérieux d'enquête » réalisé sous l'impulsion de la nouvelle juge d'instruction chargée du dossier et de la nouvelle direction de l'IGPN de Marseille.
« Là c'est le premier échelon de la hiérarchie. Jusqu'où va remonter la juge d'instruction ? […] On voit au fur et à mesure que chaque échelon supérieur a protégé l'échelon inférieur », affirme l'avocat à l'AFP. Cette mise en examen marque une étape supplémentaire dans la procédure, qui pourrait encore s'étendre à d'autres responsables hiérarchiques.