Cogestion CGT à Ligne d'Azur : la crise s'enlise à Nice
Cogestion CGT à Ligne d'Azur : la crise s'enlise

La régie Ligne d'Azur (RLA), entreprise publique de transport de la Métropole Nice Côte d'Azur, traverse une crise sociale sans précédent. Au cœur des tensions, la question de l'influence de la CGT sur la direction. Plusieurs audits lancés au premier trimestre 2026, portant notamment sur les ressources humaines, la maintenance et les comptes du comité social et économique (CSE), ont mis au jour un « système de cogestion installé depuis des décennies », selon des témoignages recueillis par Nice-Matin.

Une manne financière importante versée au CSE

La régie gère près de 1 800 salariés pour un budget de 250 millions d'euros. Le protocole du 13 juillet 2021 prévoit que la régie verse au CSE, instance unique de représentation du personnel hébergée au dépôt de Drap, 2,36 % de sa masse salariale pour les œuvres sociales et 0,35 % pour son fonctionnement, en plus de locaux et de détachements d'agents. Selon le compte de résultat du CSE, le budget de fonctionnement avoisine en 2025 les 270 000 euros, tandis que le budget des activités sociales et culturelles atteint plus de 2,8 millions d'euros.

La directrice générale suspendue, qui avait lancé six audits, commente : « Le pourcentage qu'on reverse dans le budget est très généreux par rapport à une moyenne nationale d'autres entreprises. Ils ont un socle social très confortable. » Elle ajoute : « M'attaquer aux comptes du CSE a mis le feu aux poudres. La CGT voulait ma tête… Et on la laisse faire ses petites affaires tranquilles. »

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Des dérives présumées et des avertissements

Un cadre dirigeant chargé de la mission de contrôle a reçu un avertissement de l'un des directeurs généraux adjoints : « Tu sais… On a viré la personne avant toi parce qu'elle ne plaisait pas à la CGT… Donc fais gaffe à toi ! » Avec cette manne, le CSE gère de nombreux biens, dont deux restaurants-snacks d'entreprise : l'un avenue Cernuschi, dans une villa appartenant au CSE, l'autre avenue François-Mitterrand, géré par une société civile immobilière.

La directrice générale suspendue souhaitait « vérifier les coûts des repas, des matières premières, des stocks et l'exacte propriété des bâtiments ». Selon plusieurs salariés, « la CGT s'approprie le snack. Quand on est non-cotisants, on paye plus cher les plats alors que l'employeur paye plein pot pour tous. » Des témoignages concordants, y compris de syndiqués CGT, évoquent également l'achat d'une « pelleteuse à plus de 10 000 euros pour les salariés pour qu'ils fassent leurs travaux chez eux. Mais la pelleteuse a disparu en Corse ».

Des réponses contrastées face aux accusations

Bertrand Gasiglia, président de la régie depuis mai 2026, récuse toute perte de contrôle : « Il n'y a pas de cogestion, il y a un syndicat qui participe à la vie de l'entreprise… dans le cadre légal. » Michel Otto-Bruc, leader historique de la CGT et administrateur en tant que personne qualifiée, rejette toute dérive : « Les comptes du CSE sont vérifiés deux fois par an. Et alors qu'il n'en a pas l'obligation, le CSE a pris aussi un commissaire aux comptes. À ma connaissance, non, il n'y a pas de dérive. » Il soutient que « le dialogue social permet la coconstruction ».

Michel Otto-Bruc, 75 ans, a dirigé la CGT pendant près de 30 ans. Parti à la retraite à 62 ans en 2013, il a obtenu un contrat de mission indéterminé, puis a été mis à nouveau à la retraite à 72 ans en 2023. Évincé par l'ex-président de la régie Gaël Nofri, il est devenu personne qualifiée au conseil d'administration « à la demande d'Éric Ciotti », selon ses propres dires. Un très proche de Christian Estrosi lance : « L'erreur que fait la nouvelle majorité, c'est de rester dans l'immobilisme, dans le retour aux vieilles méthodes. […] C'est la cogestion avec la CGT, c'est le retour de Michel Otto-Bruc. » Un haut responsable de l'entreprise affirme : « La boîte est à la CGT. On nous a mis la pression pour ne pas sanctionner des fautes graves, comme un conducteur sous l'empire de cocaïne. »

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Dans un entretien accordé à Nice-Matin mercredi, Michel Otto-Bruc évoque des « allégations fausses » concernant « des rémunérations », « du taux d'absentéisme », « du taux d'accidents de travail », « du garage du dépôt de Drap », « de la dette congés », « des heures de délégation ». Quelques heures plus tard, une communication interne de la régie à tous les salariés reprend scrupuleusement chaque point, dans les mêmes termes. Pour les syndicats minoritaires (Sud Solidaires et CFTC), qui ont vu la CGT reculer de 87 % en 2022 à 64 % en 2026, « le système vacille ». Des salariés de plus en plus nombreux réclament désormais des comptes à Bertrand Gasiglia et à Éric Ciotti, président de la Métropole Nice Côte d'Azur.