Le parquet de Paris a requis le renvoi en procès de trois personnes dans l'affaire dite du « charnier » de l'ancienne université Paris-Descartes, où des dizaines de corps non réclamés étaient conservés dans des conditions indignes. Selon une information judiciaire révélée ce mercredi, les investigations ont mis en lumière un système de gestion macabre qui a perduré pendant plusieurs années.
Les faits reprochés
Les trois mis en cause sont un ancien directeur de l'institut médico-légal de Paris, un responsable de la chambre funéraire et un employé de l'université. Ils sont poursuivis pour « atteinte à l'intégrité d'un cadavre », « violation de sépulture » et « escroquerie ». Les faits remontent à la période 2010-2019, où des corps de personnes décédées, non réclamées par leurs proches, étaient stockés dans des locaux vétustes de l'université, située dans le 6e arrondissement de Paris.
Au total, 367 corps ont été retrouvés en 2019, après le signalement d'un agent de l'établissement. Certains étaient conservés depuis plus de dix ans. Les conditions de conservation étaient jugées « indignes » par les enquêteurs, avec des corps entassés, parfois sans étiquetage, et un suivi administratif défaillant. L'ancien directeur de l'institut médico-légal est accusé d'avoir sciemment dissimulé cette situation aux autorités de tutelle.
Un système frauduleux
L'enquête a révélé que des familles étaient facturées pour des prestations funéraires jamais réalisées, comme des crémations ou des inhumations. Selon le parquet, le préjudice financier est estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros. « C'est un scandale d'État », a déclaré Me Patrice Spinosi, avocat de plusieurs familles de victimes. « Mes clients ont vécu des années dans l'ignorance, pensant que leurs proches avaient été dignement enterrés, alors qu'ils étaient entreposés dans une cave. »
Le procès devrait se tenir devant le tribunal correctionnel de Paris. Les trois prévenus encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. L'audience de renvoi est prévue dans les prochains mois. L'université Paris-Descartes, qui a depuis fusionné avec d'autres établissements pour former l'Université Paris Cité, a présenté ses excuses aux familles et mis en place des mesures pour éviter que de tels faits ne se reproduisent.
Réactions et conséquences
L'affaire avait provoqué une vive émotion en 2019, lorsque les révélations avaient été rendues publiques. Des associations de défense des droits des défunts avaient dénoncé un « mépris de la dignité humaine ». Le ministère de la Santé avait alors diligenté une inspection qui avait conclu à des « défaillances graves » dans la gestion des corps non réclamés. Depuis, une circulaire de 2020 a renforcé les obligations de traçabilité et de délai de conservation.
Les familles des défunts espèrent que ce procès permettra de faire toute la lumière sur cette affaire. « Nous voulons que justice soit rendue, non seulement pour les victimes directes, mais aussi pour tous ceux qui ont été traités comme des déchets », a ajouté Me Spinosi. Le parquet a requis le renvoi en procès, une décision qui devra être confirmée par le juge d'instruction.



