Béziers : le groupe russe Medusa derrière la cyberattaque du lycée Jean-Moulin
Béziers : Medusa, groupe russe, derrière la cyberattaque du lycée

Le lycée Jean-Moulin de Béziers a été victime en avril dernier d'une cyberattaque qui a paralysé les 1 285 ordinateurs pédagogiques de l'établissement. Selon les informations recueillies par Midi Libre, le groupe cybercriminel d'origine russe Medusa est à l'origine de cette attaque. Aucune donnée sensible n'a été volée et aucune rançon n'a été demandée, mais le coût pour l'établissement et la Région Occitanie se chiffre en centaines de milliers d'euros.

Une attaque qui a paralysé plus de 1 200 ordinateurs

Le 6 avril au matin, lorsque les employés du lycée ont allumé les ordinateurs, ils ont constaté que des fichiers inconnus étaient présents sur les serveurs. « Sur les serveurs de l'établissement, il y avait des fichiers en plus, inconnus, qui n'avaient rien à faire là, décrit l'un d'entre eux. Tous nos fichiers étaient cryptés donc on a décidé de tout éteindre et de considérer que l'ensemble des plus de 1280 ordinateurs n'étaient plus utilisables. »

Un message accompagnait l'attaque, avec une adresse mail à contacter pour récupérer les fichiers vérolés. Les services administratifs et leurs données plus sensibles n'ont pas été touchés, et aucune rançon n'a été demandée.

Le groupe russe Medusa identifié comme instigateur

Après un dépôt de plainte au commissariat de Béziers, l'enquête a été confiée à la section J3 du parquet de Paris, spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité. Il y a quelques semaines, les enquêteurs ont déterminé que le groupe cybercriminel d'origine russe Medusa était derrière cet acte malveillant, comme l'indique une source proche du dossier à Midi Libre.

Les hackeurs ont profité de la vétusté de quelque 700 ordinateurs sous Windows 7, dont les mises à jour de sécurité n'existent plus depuis 2023. « L'établissement était au courant et avait commencé à les remplacer, confirme un employé. Mais on n'a pas les moyens de tout faire d'un coup, ça s'est fait petit à petit. » Sur les 700 machines concernées, près de 650 ont été jetées car inutilisables.

Une attaque liée à la taille du lycée et à la présence d'élèves ukrainiens

La Région Occitanie, qui a la charge des lycées, était au courant de cette faille de sécurité. Une opération de conformité était prévue quelques jours avant l'attaque, mais a été reportée face à l'ampleur de la tâche concernant l'un des plus grands établissements de l'Hérault.

Selon plusieurs personnes travaillant au lycée, c'est cette grande taille qui explique l'attaque. « Ils ne nous ont pas choisis au hasard, pense l'une d'entre elles. On est un gros lycée, professionnel de surcroît. Avec le nombre de connexions que nous avons, ils pensaient qu'une remise en route ne pourrait être effective qu'avant des mois et des mois. Sans doute comptaient-ils sur des répercussions nationales sur le planning des examens à venir, dont les ordinateurs sont le support. »

Un autre employé avance une autre justification : « Quelques jours avant, il y avait des élèves ukrainiens qui sont venus en échange, comme depuis trois ans. Ils ont peut-être voulu nous le faire payer, en nous choisissant nous plutôt qu'un autre. Parce que c'était clairement un acte gratuit puisqu'aucune donnée sensible n'a été touchée. »

Une mobilisation massive pour sauver les examens et la rentrée

L'attaque a eu lieu une dizaine de jours avant le début d'examens de certains BTS. « On a mis en place plus de 380 nouveaux postes en l'espace d'une douzaine de jours pour que les examens puissent avoir lieu, décrit un membre du personnel. Puis tout le monde a bossé pendant le week-end et les vacances d'été pour que tout soit prêt à temps pour la rentrée. »

Le proviseur, Pierre Fournier, confirme : « Elle a pu se dérouler quasi normalement grâce à l'engagement et la résilience du personnel du lycée et du corps enseignant. Mais aussi avec l'aide de la Région et de l'entreprise qui nous a accompagnés. Maintenant, notre sécurité est très protégée. Ça relève presque du miracle qu'on se sorte de cette crise, dont on se serait bien passé. »

Le coût de la cyberattaque est estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros. Le lycée a dû racheter un grand nombre de machines sur ses fonds propres, la plupart reconditionnées, pour un coût de 100 000 €. La Région a commandé une centaine d'ordinateurs et payé une entreprise pour gérer le problème, avec un coût également de plusieurs centaines de milliers d'euros.