Des centaines de lycéens se sont rassemblés ce lundi 5 octobre aux abords du lycée Jean-Moulin à Béziers pour dénoncer leurs conditions d'études. La mobilisation a rapidement dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogène. Entre revendications sur le manque de professeurs, locaux dégradés et débordements en marge du cortège, les lycéens témoignent d'une journée sous haute tension.
Une matinée sous tension dès 8 heures
Les hostilités ont commencé à 8 heures environ, ce lundi 5 octobre, aux abords du lycée Jean-Moulin, alors ouvert aux élèves. "On est venu, comme tous les lycéens de France, pour communiquer notre ras-le-bol", lance Emilie*, en terminale maths et physique. "On manque de professeurs, notamment sur les remplacements, nos emplois du temps ne sont pas adaptés et les locaux sont pitoyables", explique l'élève du lycée Jean-Moulin.
Montrant son carton tagué d'un slogan, son amie complète : "On avait juste nos pancartes ce matin, et les CRS nous ont chassés". Ils étaient alors des centaines de jeunes, déplacés vers l'avenue Pierre-Verdier. À 10 h 30, certains ont rassemblé poubelles et pneus, et un premier feu était lancé.
Le feu, symbole de la colère
Dès 10 h 30, un feu a été initié par les jeunes, sur l'avenue Pierre-Verdier. "La démarche n'est pas correcte, on le sait. Mais le feu, c'est le symbole de la colère, ça marque le coup", explique Enzo, en première au lycée Jean-Mermoz. Le lycéen assurait pourtant "ne pas cautionner ces débordements".
Les CRS musclent alors le jeu pour repousser les jeunes de la zone enflammée. Gaz lacrymogène, charges, mouvements de foule : en quelques secondes, les lycéens reculent en courant, apeurés, la plupart se couvrant le visage avec leur manche ou leur sweat-shirt. "J'ai eu la peur de ma vie, je venais juste manifester pour de meilleures conditions d'études", lâche Emma, en terminale à Jean-Moulin. Les yeux rougis, elle tousse encore, exhalant le gaz qu'elle venait d'inhaler.
Des dégradations et une dispersion en fin de journée
Le face-à-face s'est poursuivi les heures suivantes. Les manifestants se sont retrouvés contenus par les forces de l'ordre, sur qui ils lançaient pierres, branches et pétards. À distance, ne pouvant plus réellement manifester, les éléments les plus virulents s'en sont pris au mobilier urbain. Sur le boulevard Dr-Mourrut, un arrêt de bus est complètement détruit.
Dans la cohue, certains pleurent. "On ne nous prendra pas au sérieux, alors qu'on a de vraies revendications", se désole un lycéen, voyant "les casseurs [faire] dégénérer la situation. Ils ne sont pour la plupart pas issus des lycées". Le jeu du chat et de la souris s'est poursuivi jusqu'en début d'après-midi, lorsque des groupes de jeunes ont pénétré dans les galeries d'Auchan. Les CRS sont intervenus rapidement pour les en faire sortir. Peu à peu, les groupes se sont dispersés.
Pendant la matinée, plusieurs dizaines de grenades lacrymogènes ont été lancées vers les jeunes manifestants. Mais la journée laisse une impression amère chez de nombreux jeunes. Ceux qui étaient venus réclamer de meilleures conditions d'études disent regretter que leur mobilisation ait pris une autre tournure. Chez les lycéens, la rumeur d'une nouvelle mobilisation dès ce mardi 6 octobre circule déjà, "on ne s'arrêtera pas tout de suite".
*Le nom a été modifié