En septembre 1381, un soulèvement populaire majeur plonge Béziers dans les flammes et le sang. Pendant plus de deux semaines, les Biterrois se révoltent contre politiques et bourgeois, après un ras-le-bol lié à l’augmentation des impôts. La répression qui suivra sera terrible.
Des tensions liées à l’augmentation des impôts
Tout commence en 1380, lorsque Charles VI est sacré roi de France, à 11 ans, à la mort de Charles V. En attendant qu’il soit en âge de gouverner, la gestion du royaume est partagée entre ses quatre oncles, les frères du roi défunt. Jean de Berry hérite du Languedoc et se retrouve chargé de collecter les impôts locaux, pour financer la guerre de Cent Ans, célèbre conflit médiéval opposant la France à l’Angleterre, de 1337 à 1453. Ces taxes connaissent alors une forte inflation en raison des tensions politiques récentes.
La révolte des Tuchins commence, dès lors, à agiter le sud de la France. À Béziers aussi, on rejette fermement la politique de Jean de Berry, accusé d’utiliser la levée de l’impôt pour remplir ses propres poches. Le 8 septembre 1381, le conseil municipal de Béziers se réunit pour anticiper la visite annoncée du prince. Mais Béziers le sait : son arrivée est annonciatrice de mauvaises nouvelles fiscales, ce qui enflamme l’opinion publique. Un charpentier du nom de Bernard Pourquier prend alors la tête de la foule et décide d’organiser un soulèvement contre les conseillers municipaux, jugés trop proches de Jean de Berry, et trop déconnectés du quotidien des Biterrois.
Les hommes de pouvoir massacrés
Ces derniers investissent le conseil municipal, enferment les politiques dans la maison commune et mettent le feu au bâtiment. Les victimes se réfugient dans la tour de la maison, mais les flammes finissent par gagner cette partie du bâtiment. La plupart des conseillers meurent dans l’incendie, dévorés par les flammes. D’autres se jettent du haut de la tour. Mais le massacre ne fait que commencer.
« Ils vont à la basilique Saint-Aphrodise, d’où ils entraînent un autre sergent royal qui s’y était réfugié, et l’immolent dans le cimetière de la basilique. Ils tuent plusieurs bourgeois dans leurs propres demeures, qu’ils mettent au pillage », relate Ernest Sabatier, avocat biterrois et membre de la Société archéologique, dans son ouvrage Histoire de la Ville et des évêques de Béziers (1854). Les exactions se perpétuent avec une barbarie sans nom, jusqu’au 24 septembre 1381, plongeant Béziers dans une mare de sang. « Ils firent périr une vingtaine de citoyens des plus considérables et furent maîtres de la ville pendant 17 jours », poursuit-il.
Une violente répression
Le 4 janvier 1382, Jean de Berry se rend finalement, avec ses hommes, à Béziers. Et s’efforce de mater la révolte. « Il fit immédiatement arrêter un certain nombre de ceux qui avaient pris part aux troubles, et les fit périr de divers supplices. Quatre furent décapités rue Fustarié (actuelle rue Montmorency, NDLR), les autres furent pendus ou écartelés, à cinq ou six cents pas de la ville », décrit froidement Ernest Sabatier.
Selon Libre de Mémorias, chronique historique en occitan, rédigée au XIVe siècle par Jacme Mascaro, écuyer et secrétaire du consulat de Béziers – l’ouvrage, publié en 1836 dans le Bulletin de la Société archéologique de Béziers, est, depuis, conservé aux archives municipales – 38 à 40 insurgés sont décapités dans le centre-ville sur une vis de pressoir. À la suite du soulèvement, la ville est aussi condamnée à payer une amende de 12 000 livres.
Aujourd’hui, Béziers garde la trace de ce soulèvement populaire. La rue Bernard-Pourquier et la place des Bons-Amis, qui désignent ses compagnons de lutte, rendent hommage à la révolte de septembre 1381.