Lors de la mobilisation lycéenne de mardi place de la Nation à Paris, des policiers de la Brav-M sont apparus avec des boucliers en plexiglas équipés de puissants pavés de LED. Les images montrent un halo de lumière blanche très intense qui éblouit les objectifs et masque une partie de la scène. Ce dispositif, jusqu'ici quasi invisible, est de plus en plus utilisé depuis le début du mouvement lycéen, suscitant des interrogations sur sa fonction réelle.
Un outil tactique pour la police, une entrave pour la LDH
Pour les forces de l'ordre, ce dispositif répond à une logique tactique. Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat Un1té, explique : « L’effet stroboscope, c’est fait pour gêner ceux qui foncent sur les collègues et qui veulent entrer en contact avec eux malgré les sommations. On détourne le regard quand on est face à cet appareil, c’est désagréable. C’est fait pour créer une distance. » Particulièrement prisé par les unités légères et mobiles comme la Brav-M, ce bouclier permet d'intervenir rapidement sur les points de tension. « Ils transportent ce bouclier avec eux là où il y a un besoin, où il y a des casseurs, des violences urbaines, poursuit la syndicaliste. C’est plus nécessaire pour les petites unités. Face à 70 ou 80 CRS, les casseurs vont moins au contact. »
En revanche, la Ligue des droits de l'homme (LDH) soupçonne un usage détourné. Nathalie Tehio, présidente de la LDH, dénonce : « C’est censé être pour désorienter les manifestants mais ça sert surtout à empêcher de filmer, c’est évident. Ils l’utilisent surtout face à des observateurs ou des journalistes. » Elle rappelle que les policiers rechignent déjà à porter leur RIO, le numéro d'identification individuel, un sujet sur lequel l'association a saisi le Conseil d'État à plusieurs reprises. Pour elle, ce bouclier stroboscopique est une preuve de plus que les agents ne veulent pas être reconnus sur le terrain.
Risques pour la santé et réplique syndicale
Au-delà de la guerre des images, la LDH pointe un risque médical. « Ce type de lumière peut causer des troubles à certaines personnes, alerte Nathalie Tehio. Dans certains spectacles, il y a obligation de prévenir assez tôt le public. On est en train de discriminer en empêchant des personnes de venir manifester en raison de leur santé. »
Linda Kebbab balaie cette critique : « C’est un dispositif qui n’est pas terrible en temps normal, mais quand on est épileptique, on a encore moins intérêt à aller au contact des policiers. C’est aussi stupide que d’être asthmatique et de s’engager dans un affrontement avec des fonctionnaires qui vont utiliser du gaz lacrymogène. C’est une question de responsabilité individuelle. »
Une accusation rejetée par le syndicat
Le syndicat Un1té rejette l'accusation d'entrave au droit de filmer. Linda Kebbab réplique : « Tout le monde dit que ça empêche de filmer et de prendre des photos. Mais pour illustrer ça, les journalistes les filment et prennent des photos ! On distingue bien sur les vidéos les policiers, le clignotement de la lumière. On ne peut pas avoir un outil de maintien de l’ordre en lien avec le droit de filmer ou de prendre des photos. D’autant que cela serait très inefficace ! »
Ce différend illustre les tensions persistantes autour des méthodes de maintien de l'ordre lors des manifestations. La LDH maintient ses critiques, tandis que la police continue de justifier l'usage de ces boucliers comme un moyen de protection et de dissuasion face aux violences urbaines.