À Nîmes, à la veille de la grande manifestation du mardi 6 octobre, quatre lycéens et étudiants ont accepté de s'exprimer dans les colonnes de Midi Libre. Ils dénoncent l'usage disproportionné de la force lors des mobilisations et l'infiltration policière, tout en regrettant que les violences médiatisées occultent leurs revendications.
Des images choquantes et des questions sur l'armement
Jasmine, l'une des participantes, raconte sa réaction en découvrant les images du jeune homme blessé à Lens : « Hier, comme tout le monde, je scrollais, et je suis tombée sur les images du jeune garçon à qui on a arraché la main, à Lens. C'était horrible. » Elle précise que cette blessure a été causée par une grenade GM2 L, qu'elle qualifie d'« arme de guerre ». Elle s'interroge : « Qu'est-ce qu'elle fait dans une manifestation de lycéens ? »
Chiara, en terminale STI2D, insiste sur le décalage entre leurs intentions et la réponse des forces de l'ordre : « On est là pour revendiquer des droits. On est là parce qu'on a des revendications, des choses concrètes et importantes à dire. Et tout ce qu'on réussit à faire, c'est nous gazer et nous jeter des flash-balls. »
Des policiers infiltrés et des médias accusés de partialité
Les jeunes manifestants évoquent également des pratiques d'infiltration policière. Jasmine affirme : « Il y a les policiers qui se déguisent en civil et ceux qui s'infiltrent sur Snapchat… Ils se font passer pour des personnes racisées. C'est vraiment hyper problématique, je ne sais pas si on s'en rend compte. »
Esteban, en terminale générale, reconnaît que certains débordements existent, mais il critique le traitement médiatique : « Oui, il y a quand même plein de gens qui ne sont pas des lycéens et qui parfois profitent de ça. Mais les médias montrent seulement cette moitié-là des manifestations. » Il compare avec la gestion des actions des agriculteurs : « Quand les agriculteurs brûlaient des bâtiments publics, à l'époque Gérald Darmanin considérait ça comme un "coup de sang légitime" (propos de 2024, NDLR). Là, on nous dit qu'on est inconscient. »
Des violences justifiées par certains, une unité réclamée
Chiara adopte une position nuancée : « Après, on n'est pas là pour dire si c'est bien ou pas bien, s'il faut casser ou ne pas casser. À la base, on est là surtout pour parler des revendications. » Elle évoque les précédents historiques : « En 68, il s'est passé quoi ? Ils ont retourné des voitures, ils ont enlevé les pavés dans les rues. Aujourd'hui, un feu de poubelle et on nous dit "vous êtes hyper violent"… »
Jasmine réagit avec indignation à la proposition du directeur de l'établissement D'alzon de faire appel à l'armée : « On a entendu le directeur de D'alzon réclamer l'intervention de l'armée. Mais c'est fou de dire ça ! On est là pour défendre nos droits. »
Tom, enfin, appelle à la solidarité entre les lycées : « On dit aussi que les lycéens de Darboux et de Mistral ne feraient que casser. Mais eux, leurs conditions sont pires. Il ne faut pas créer davantage de division, mais il faut se rassembler. »