Blocus lycées : 1 949 interpellations, la contestation s'étend aux universités
Blocus lycées : 1 949 interpellations, la fronde s'étend

Le mouvement de contestation scolaire et universitaire s'est nettement durci jeudi 1er octobre en France, avec 1 949 arrestations, plus de 400 fermetures d'établissements et des violences attribuées par le gouvernement à l'ultragauche. La fronde, née le 21 septembre dans l'académie de Créteil, a gagné les universités, où une trentaine de blocages ont été revendiqués par l'Union étudiante.

Un mouvement qui change de nature selon le gouvernement

Face à la dégradation de la situation, les services de renseignement français ont imputé « l'origine du mouvement » à « LFI et ses proxys de l'ultragauche », évoquant un moment de bascule vers des « violences urbaines », a fait savoir l'entourage de Sébastien Lecornu après la cellule interministérielle de crise convoquée par le Premier ministre. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a reconnu sur le plateau du JT de 20 Heures de France 2 que le « mouvement a changé de nature ». « Vous avez souvent des groupuscules d'ultragauche qui aujourd'hui ont des comportements violents et mettent en péril la santé de nos élèves et de nos personnels », a-t-il déclaré, faisant état de 65 membres du personnel et 170 élèves blessés, et indiquant qu'un peu plus de 400 établissements scolaires resteront fermés ce vendredi.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé 1 949 arrestations ce jeudi en France, essentiellement pour atteinte aux personnes dépositaires de l'autorité publique, violences et attroupements. En Île-de-France, la facture des dégradations s'établit à ce stade « à plus d'un million d'euros », indique la Région.

Des incidents dans plusieurs villes et une réponse pénale en préparation

Dans les Bouches-du-Rhône, la Régie des transports métropolitains (RTM) de Marseille a décidé d'interrompre l'intégralité des transports en commun, compte tenu, précise-t-elle dans un communiqué, « des déprédations et des agressions de conducteurs avec blessés intervenus ce matin sur le réseau bus ». Un incendie s'est déclaré dans le lycée Nelson-Mandela de Nantes, dans le lycée Blaise-Pascal de Rouen, et des faits similaires sont rapportés à Rennes et Toulouse, où des heurts ont été signalés entre manifestants et forces de l'ordre.

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a réuni en visioconférence jeudi après-midi les procureurs généraux pour organiser la réponse pénale consécutivement aux interpellations. Édouard Geffray a annoncé, sur le réseau social X, qu'il recevrait ce vendredi « les organisations syndicales représentatives des personnels, les associations de parents d'élèves, les associations lycéennes et les élus du Conseil national de la vie lycéenne ».

Les revendications des lycéens et le soutien des syndicats étudiants

Les élèves qui manifestent, avec l'appui de l'Union syndicale lycéenne (USL), dénoncent une dégradation des conditions d'apprentissage, avec notamment des classes surchargées et un manque de professeurs. Parti le 21 septembre de l'académie de Créteil (Val-de-Marne), le mouvement gagne chaque jour en importance, prenant de court le gouvernement qui juge « légitimes » certaines revendications tout en condamnant le recours à la violence et l'instrumentalisation politique de La France insoumise (LFI), à sept mois de l'élection présidentielle.

L'Union syndicale lycéenne, par la voix de son président Ryad Rani, déclare se mobiliser contre la « violence institutionnelle et sociale que subissent de nombreux jeunes depuis maintenant neuf ans ». Prenant pour cible Emmanuel Macron, au pouvoir depuis mai 2017, le chef de l'État a dit mercredi comprendre et entendre les « angoisses » et les « colères » de la jeunesse tout en condamnant le recours à la violence. Dans ce qu'elle présente comme l'acte II de sa mobilisation, l'USL a reçu le soutien de l'Union étudiante, qui entre à son tour dans la contestation pour réclamer notamment un « financement massif » des lycées et des universités. L'Unef appelle également les étudiants à manifester contre la suppression de places dans les facultés et le gel des aides personnelles au logement (APL), mesure inscrite dans le projet de loi de finances pour 2027. L'Union étudiante recensait « près d'une trentaine de blocages » jeudi matin sur les campus, à Paris (Paris-Cité, Sorbonne-Université entre autres) mais aussi à Strasbourg, Montpellier, Lyon, Rennes, notamment.

La classe politique s'empare de la contestation

Une contestation dont s'empare la classe politique à l'approche de l'élection présidentielle. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, pointe « l'irresponsabilité du gouvernement ». Marine Le Pen (RN) accuse Jean-Luc Mélenchon (LFI) de porter une « lourde responsabilité », en soufflant sur les braises de la contestation des lycéens. Bruno Retailleau (LR) estime, lui, que la question se pose d'une « interdiction de LFI ». « Ce qui se passe aujourd'hui devant les lycées, c'est la répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2027 si Mme Le Pen gagnait, ils organiseraient une insurrection dans le pays », assure-t-il.

Le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, pointé du doigt par l'exécutif et la droite pour avoir déclaré mardi que la violence « peut être légitime », a maintenu jeudi ses propos sur France Info, tout en appelant à « l'apaisement ». Le mouvement, qui a déjà provoqué des fermetures et des dégradations, devrait se poursuivre, avec des conséquences sur la vie scolaire et universitaire dans les prochains jours.