Depuis jeudi, les élèves du lycée Descartes à Rennes n'ont eu aucun cours, ni en présentiel ni en distanciel, malgré les promesses du ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. « Depuis jeudi, on n’a rien eu. Rien. Pas un seul cours. Juste quelques messages de profs qui nous disaient de réviser un peu nos cours », témoignent des élèves. Cette situation est largement partagée dans les établissements concernés par les blocages et les fermetures ordonnées.
Le distanciel promis par le ministre reste lettre morte
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a promis que les cours pourraient être assurés en distanciel pour pallier les fermetures de milliers d'établissements. Mais dans les faits, il ne se passe rien, ou presque rien. Parmi tous les lycéens interrogés en marge de la manifestation à Rennes, quasiment aucun n’a pu suivre un seul cours en visioconférence. « Ça dépend des profs. Il y en a plein qui ne veulent rien faire parce qu’ils nous soutiennent », explique Raphaël.
Les élèves se contentent de vérifier Pronote de temps à autre, où il ne se passe presque rien. « On nous a dit de relire nos cours, c’est tout », témoigne Maëlys, 16 ans. À une semaine et demie des vacances scolaires, la plupart sont concentrés sur la mobilisation. Floriane, mère d’élève, raconte : « Mon fils avait une visio hier. Le prof a juste fait l’appel et c’est tout, après tout le monde s’est déconnecté, c’était fini. »
Des visios perturbées par des intrusions et un refus des professeurs
Dans certains établissements, des professeurs ont tenté de mener quelques cours à distance. Mais selon nos informations, bon nombre de cours en ligne ont été perturbés par des personnes souvent extérieures à la classe ou à l’établissement, à qui le lien avait été envoyé. « Ça balance les liens sur Signal (une messagerie similaire à WhatsApp) et des gens envahissent la visio », nous explique un lycéen, parlant de « e-blocus ».
Si l’enseignement à distance est si peu répandu, c’est avant tout parce que les professeurs censés le mettre en place s’y refusent. « J’ai envoyé un message aux élèves pour leur dire de réviser leurs cours. Mais c’est tout. Je refuse de leur donner du travail à faire. Le lycée est fermé et ce n’est pas nous qui l’avons décidé. Pour moi, le distanciel, c’est uniquement pour casser le mouvement », témoigne un professeur de physique-chimie du lycée Descartes. Un collègue à lui, enseignant la SVT, partage le même point de vue. « Nous avons déjà l’expérience du Covid. Et aujourd’hui, personne n’en veut. Tout simplement parce que le distanciel, ça ne marche pas », témoigne Philippe Melaine, enseignant et membre du syndicat Snes-FSU.
Un effet d'annonce pour casser le mouvement ?
Le professeur de SVT a cependant pris le temps de contacter ses élèves via Pronote, afin de rassurer ceux qui pouvaient s’inquiéter. « On en a qui ont le bac à la fin de l’année, d’autres qui viennent d’arriver en seconde. Mais la très grande majorité est dans la rue aujourd’hui. Ce ne sont pas les cours en distanciel qui les inquiètent, c’est leur avenir. »
Professeur de français à Bruz, Matthieu Mahéo n’est pas plus emballé par l’enseignement à distance. « C’est un mépris total de notre métier. On a appris dimanche soir à 20 heures que le lycée serait fermé lundi. Même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut rien proposer. On le sait car on l’a déjà fait pendant le Covid. On n’avait fait que bricoler », assure le représentant du Snes-FSU. Pour lui, la promesse du distanciel est « un effet d’annonce pour casser le mouvement ». Ce que lui et ses collègues attendent, c’est que les établissements puissent rouvrir et que « les élèves soient entendus ».
L’incapacité à mettre en place du distanciel n’est pas propre à Rennes ou à la Bretagne. Partout dans le pays, les lycées tournent au ralenti depuis plusieurs jours, oscillant entre blocus, dégradations ou fermetures imposées. Même dans les rangs des proviseurs, on admet que la mission est ardue. « On ne basculera jamais sept heures de cours en classe en tout distanciel, c’est impossible. On ne peut pas faire un copier-coller de l’emploi du temps », reconnaît Olivier Beaufrère, secrétaire national du SNPDEN, principal syndicat des directeurs d’établissements.
Vers une adaptation si la situation dure
Olivier Beaufrère promet cependant que « si la situation devait durer », les enseignants seraient contraints de s’adapter pour proposer des cours aux élèves. « Les vacances sont dans dix jours. Et franchement, je ne vois pas le mouvement s’arrêter avant. On fera le point à ce moment-là. Mais bien sûr qu’on adaptera nos cours et nos exigences », assure Philippe Melaine. Le professeur de SVT rappelle au passage qu’il enseigne « pour que ses élèves réussissent ».