Blocage des lycées : vers une « semaine noire » cette semaine ?
Blocage des lycées : vers une « semaine noire » ?

Ce lundi 5 octobre, entre 400 et 500 lycées sur les 3 700 que compte le pays verront leurs cours « totalement ou partiellement » suspendus, les conditions de sécurité n'y étant « pas réunies », a annoncé le ministre de l'Éducation, Edouard Geffray. En Île-de-France, plus d'un tiers des établissements, soit plus de 160, seront fermés, selon la présidente LR de la région, Valérie Pécresse. Le mouvement de blocus lycéens, qui entre dans sa troisième semaine, pourrait déboucher sur une « semaine noire », avec des blocages attendus chaque jour et une mobilisation intersyndicale le 6 octobre.

Une « feuille de route » gouvernementale pour répondre aux revendications

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a adressé dimanche soir une « feuille de route » à ses ministres, demandant dans l'immédiat que les cours reprennent « partout » où c'est possible. Il a fixé un calendrier pour répondre en partie aux revendications, avec « avant la fin du mois » des « premières décisions avec leur financement et leur calendrier » sur cinq chantiers issus des sujets remontés par les conseils académiques de la vie lycéenne : « assurer les cours, améliorer les locaux avec les conseils régionaux qui en ont la responsabilité, mieux organiser les journées, rendre Parcoursup plus transparent et donner des suites à la parole des lycéens ».

Le tout est financé par « 1,2 milliard d'euros supplémentaires pour l'Éducation nationale » prévus sur le budget 2027. En parallèle, le Premier ministre a précisé que l'examen du projet de loi « casseur-payeur » se poursuivra. Ce texte, qui rend collectivement responsables les participants à un attroupement des dégradations qui y sont commises, sera examiné au Sénat le 27 octobre, a annoncé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, ce lundi matin sur Europe 1. Elle a estimé que ce texte « permet d'engager une forme de responsabilité collective », en utilisant notamment « une part des allocations des parents » qui devraient rembourser les casses de leurs enfants mineurs.

« Acte III » le 6 octobre et soutien intersyndical

L'Union syndicale lycéenne a promis un « acte III » mardi, auquel une vaste intersyndicale de l'Éducation nationale a appelé à se rallier. La CGT a promis d'être « aux côtés » des lycéens, notamment pour « sécuriser » les manifestations, et a appelé les salariés de l'énergie, en grève, à les rejoindre. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a appelé à « protéger les manifestations » de demain, se disant « scandalisée » des répressions policières « inédites ». Elle a invité le gouvernement à « permettre le personnel éducatif d'ouvrir le dialogue », précisant que « les violences desservent toujours les mobilisations ».

Sophie Binet a également qualifié la mesure gouvernementale de « populiste » sur TF1, fustigeant les « 10 jours de retard » de la feuille de route et appelant à « répondre aux revendications » « en mettant les moyens sur la table », à commencer par « annuler les suppressions de poste » annoncées dans le projet de budget 2027.

Des violences urbaines et des appels à la solidarité

Matignon estime que le mouvement a basculé vers des « violences urbaines ». L'exécutif recense 5 000 interpellations depuis le début du mouvement, dont environ 85 % de mineurs, 24 établissements « incendiés ou saccagés » et « 78 personnels de l'Éducation nationale blessés », « généralement par des personnes extérieures » aux lycées concernés, selon Edouard Geffray. Plusieurs syndicats et associations, comme la Ligue des droits de l'Homme, accusent le gouvernement de « réprimer » les lycéens avec une brutalité « disproportionnée », pour faire taire des revendications « légitimes ».

Les responsables politiques appellent à un rassemblement intergénérationnel. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a annoncé lors d'un rassemblement dans sa ville que « si on est plus nombreux encore », que « tous les adultes descendent pour faire la solidarité avec les lycéens, la mobilisation se passerait mieux et peut-être que nous aurons aussi une meilleure prise en considération » de cette mobilisation. Samedi 3 octobre, Jean-Luc Mélenchon a estimé que « le devoir est d'aider et de protéger nos jeunes », proposant « de disposer des “casques blancs” ou des brassards blancs autour et dans les manifestations du 6 octobre ». Le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, a rejoint cet appel et a demandé aux enseignants, salariés et militants de soutenir les lycéens pour que « les revendications émergent plutôt que la violence ». Par la voix de son coordinateur Manuel Bompard, la France insoumise, accusée par l'exécutif d'avoir soufflé sur les braises, a dit dimanche « déplorer » les violences, mais regretté que l'exécutif « résume » le mouvement à ces débordements.