L'école du Bout des Vergnes à Bergerac, en Dordogne, portera bien le nom d'Irène Sapir, rescapée de la Shoah, malgré l'opposition des élus du Rassemblement national (RN). Mercredi dernier, trois conseillers municipaux RN ont voté contre cette dénomination, arguant qu'une école « ne peut pas porter le nom d'une militante politique ». Irène Sapir, 89 ans, a été élue municipale de Bergerac de 1967 à 2001 sous les couleurs du Parti communiste français (PCF), ce que les élus RN considèrent comme l'« héritier du stalinisme ».
Un parcours de rescapée et de mémoire
Irène Sapir fait partie des milliers de Juifs arrêtés en juillet 1942 lors de la Rafle du Vel' d'Hiv', avant d'être déportée à Auschwitz. Devenue enseignante, cette survivante a témoigné dans les établissements scolaires, dont l'école du Bout des Vergnes à laquelle la municipalité bergeracoise a donné son nom.
« Son travail de mémoire auprès des jeunes mérite le respect. Ce parcours n'est pas le sujet », a déclaré Christian Gérard, élu RN âgé de 26 ans, lors de la séance du conseil municipal. Une position qui a suscité une vive réaction d'Irène Sapir au micro de la radio Ici Périgord : « Il m'a fait de la peine ce Monsieur […]. Ce qu'il sait de moi, c'est que je suis communiste et que je suis d'origine juive, que je suis une rescapée d'un massacre immonde. S'il était vraiment républicain, il aurait voté ».
Réactions politiques et accusations croisées
La sénatrice PCF de Dordogne, Marie-Claude Varaillas, a dénoncé dans un communiqué « une tentative de disqualifier une femme de 89 ans en réduisant son existence à son appartenance politique », qualifiant cette démarche de « profondément indigne ». Le maire PS de Bergerac, Fabien Ruet, a pour sa part fustigé le RN comme « héritier » d'un « passé qui ne passe pas », rappelant que le Front national, ancien nom du parti, a été fondé notamment par d'anciens Waffen-SS.
Le RN de Dordogne a répondu lundi dans un communiqué transmis à l'AFP, dénonçant « le militantisme politique de Madame Sapir » et qualifiant les accusations d'antisémitisme de « manipulation mensongère et calomnieuse ». Le parti y accuse également le maire de se livrer à « une honteuse instrumentalisation dans l'unique but que nos élus soient harcelés médiatiquement ».
Un contexte national tendu pour le RN
Cette polémique intervient alors que Jordan Bardella, président du Rassemblement national, est dans la tourmente après la révélation par Mediapart de messages antisémites datant de 2013, que le média en ligne attribue au jeune militant de l'époque. Jordan Bardella, dénonçant des « montages grossiers », a annoncé porter plainte pour diffamation et faux et usage de faux.
La décision de la municipalité de Bergerac de nommer l'école du Bout des Vergnes en hommage à Irène Sapir reste donc effective, malgré les trois votes négatifs des conseillers RN. La polémique illustre les tensions persistantes autour de la mémoire de la Shoah et de l'héritage politique en France.