Deux lycéens de 15 et 17 ans ont été mis en examen pour violences aggravées après le passage à tabac d’un policier vendredi à Belfort lors de heurts en marge du mouvement lycéen, a annoncé le parquet ce dimanche 4 octobre. L’enquête avait été initialement ouverte pour tentative de meurtre, mais en l’absence d’« éléments probants » sur une intention de tuer, les deux adolescents ont finalement été mis en examen pour violences aggravées, a déclaré à la presse dimanche le procureur, Paul-Édouard Lallois.
Une enquête requalifiée en violences aggravées
Le plus âgé, que le policier avait auparavant tenté d’interpeller, a par ailleurs porté plainte pour tentative de meurtre, selon son avocat Arié Alimi, qui a accusé le policier d’avoir tenté de noyer le jeune homme lors de cette tentative d’arrestation aux abords d’un ruisseau.
Les deux mis en cause sont scolarisés au lycée Courbet de Belfort, près duquel se sont déroulés les faits alors qu’environ 200 jeunes étaient rassemblés dans le cadre de la mobilisation lycéenne, dont une cinquantaine se livrait à des violences, selon le procureur. L’un, en classe de première, est âgé de 15 ans, et l’autre, de nationalité bulgare, aura 18 ans à la fin du mois, a précisé le procureur, soulignant qu’ils n’ont aucun antécédent judiciaire. Dimanche soir, le plus âgé a été placé en détention provisoire. L’autre a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de manifester.
Le jeune de 17 ans a « exprimé des regrets importants »
Le policier, chef du renseignement départemental, avait été frappé à terre après avoir tenté d’interpeller ce dernier, qu’il avait repéré comme étant l’un des casseurs participant aux jets de projectiles et feux de poubelles en parallèle de la mobilisation lycéenne.
Des vidéos montrant l’agression, survenue vendredi matin aux abords du lycée, ont circulé sur les réseaux sociaux. Elles montrent le policier en civil, projeté au sol par une personne vêtue de noir, qui lui assène plusieurs coups de poing au visage. Au moins deux autres personnes lui donnent des coups de pied. Le suspect âgé de 17 ans a reconnu avoir porté « deux coups de pied à la tête » et il a « exprimé des regrets importants », selon Paul-Édouard Lallois.
L’agression a amené le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à dénoncer des images « insoutenables » et « d’une rare violence », dans un contexte de durcissement du mouvement de blocage des lycées. À sept mois de l’élection présidentielle, dans un climat social et politique électrique, cette mobilisation pour réclamer davantage de moyens est plus que sensible.
Des « irrégularités procédurales »
La tentative d’interpellation du lycéen par le policier quinquagénaire fait polémique. Des vidéos montrant la scène sont diffusées en ligne, accompagnées de commentaires accusant l’officier d’avoir mis la tête du jeune homme sous l’eau en tentant de le maîtriser. Les images, prises de loin et sur lesquelles les protagonistes sont partiellement cachés par de la végétation, ne permettent pas de dire avec certitude si la tête du jeune homme est immergée ou non. On voit ensuite le jeune et le policier sortir du ruisseau. C’est à ce moment que l’agent l’immobilise en vue de le menotter.
Le procureur a martelé dimanche que rien n’indiquait que la tête du jeune homme ait été immergée dans le ruisseau, profond de 19 centimètres au maximum.
Selon le procureur, lorsque les enquêteurs ont demandé au suspect en garde à vue « s’il pensait que le policier avait tenté de le noyer, il a répondu par la négative ». Des faits démentis par Me Alimi, qui a accusé le procureur de mentir et dénoncé sur BFMTV des « irrégularités procédurales », demandant le dépaysement de l’enquête.
Le magistrat avait auparavant expliqué que le policier et le protestataire étaient « tombés dans le ruisseau, c’est pour ça que vous avez, à un moment donné, une scène avec le commandant à genoux dans l’eau et l’individu affalé sur l’eau ». Ce jeune homme, menotté à une main, s’est ensuite échappé avant d’être de nouveau arrêté vendredi.