Le gérant des Écuries Dream Eden, à Signes (Var), a assigné en justice le responsable du plus grand ball-trap de France, pour des nuisances sonores « excessives » et une « pollution aux plombs et au plastique » qui affecteraient son exploitation. La première audience de mise en état est prévue le 20 octobre.
Un conflit de voisinage qui dure depuis plusieurs années
Marc Nardone gère les Écuries Dream Eden depuis 2011, sur une dizaine d'hectares situés au Domaine des Hauts du Gapeau, dans le cadre verdoyant de la colline qui rejoint Méounes. Il affirme avoir subi, depuis l'extension du ball-trap voisin, des « nuisances sonores infernales » et dénonce un « scandale environnemental » lié à une consommation intensive de cartouches de plombs.
Selon lui, le ball-trap existait déjà à son arrivée, mais il était alors « familial, rien à voir avec ce que c'est aujourd'hui ». La fréquence des détonations était « encore supportable ». La situation s'est dégradée à partir de 2020, lorsque des travaux de terrassement ont commencé juste en face de ses installations. « Vers 2022-2023, ils ont créé de nouveaux pas de tir, avec de nouveaux lanceurs de disques en argile. Il y a aujourd'hui près de 200, tout autour de mon terrain, je dirais sur une quarantaine d'hectares au total. Certains jours, ça tire non-stop, c'est infernal ! », explique-t-il.
Des tentatives de dialogue infructueuses et un drame
Marc Nardone rapporte avoir tenté de dialoguer avec le responsable du ball-trap, notamment pour lui demander d'équiper les postes de tir de dispositifs en mousse pour réduire le bruit. Il a également envoyé des lettres recommandées et eu recours au médiateur de justice, sans succès selon lui. Il relate un épisode marquant survenu avant une compétition prévue en août 2025 : « Quelques mois avant une grosse compétition prévue en août 2025, j'alerte les autorités qu'il va y avoir 2 000 personnes dans la colline, et je rappelle qu'on est en zone naturelle classée rouge en risque incendie… et qu'il n'y a pas un seul poteau incendie, malgré des recommandations du Sdis qui remontent à plus de 20 ans ! », dit-il, documents à l'appui.
Le rassemblement a tout de même eu lieu. Pendant cette compétition, deux chevaux se sont échappés, paniqués, dont une jument qui s'est blessée gravement. « Trois jours en soins intensifs en box, mais on n'a pas pu la sauver. La propriétaire était dévastée », raconte Marc Nardone. Ce drame a précipité la tournure judiciaire du conflit. Le gérant des écuries, qui se trouve en redressement judiciaire depuis plus de trois ans, impute cette situation principalement aux conséquences de l'activité du ball-trap : « Aujourd'hui, j'ai dû m'adapter, j'ai seulement des chevaux à la retraite… »
Le ball-trap se défend et affirme être en règle
Patrick Russo, qui gère le ball-trap de Signes depuis 1995 sur « une trentaine d'hectares », conteste les accusations. Il affirme avoir fait réaliser des études acoustiques « pour lui être agréable ». À l'issue de la première étude, l'an dernier, qui aurait révélé la non-conformité de certaines installations, il assure avoir « fermé les deux postes de tir qui lui posaient le plus problème, changé l'orientation et la trajectoire d'autres, aménagé certains avec des planches ». Il ajoute avoir suivi les conseils de l'acousticien et fait faire de nouvelles mesures en septembre dernier, dont les résultats sont attendus. « Je suis de bonne foi et j'ai fait tout ce que je pouvais faire, pour que ça se passe bien pour lui et pour moi. Quelque part, il a déjà eu gain de cause », estime-t-il.
Concernant la pollution aux plombs et aux douilles, Patrick Russo assure que des opérations de ramassage sont organisées régulièrement. « Pour les plombs, je fais appel à une société espagnole certifiée. Mais pour que ce soit rentable, elle intervient quand il y en a une certaine quantité. Le prochain ramassage aura lieu durant le premier trimestre 2027 », précise-t-il. Pour les cartouches, il travaille avec un Signois qui s'est lancé dans le recyclage des douilles : « il sépare le laiton, le fer et le plastique. C'est plus valorisant que de les jeter simplement. » Quant aux disques d'argile, il affirme qu'ils sont « biodégradables ».
De son côté, Marc Nardone attend de ce procès pouvoir « retrouver une certaine tranquillité et des conditions de travail normales ». Son avocate compte soulever le « scandale environnemental » que constitue, selon lui, la pollution au plomb et au plastique générée par l'activité du ball-trap depuis des décennies. Sur plusieurs hectares, le sol est jonché de cartouches vides et d'éclats de disques en argile, ainsi que de petits tas de plombs. « On a interdit depuis longtemps le plomb dans l'essence et dans la peinture, mais ici, qu'il pollue les sols, ça ne dérange visiblement personne », déplore-t-il. La justice devra trancher ce conflit de voisinage, Patrick Russo se disant « pas inquiet du tout ».